Les jeunes s'ennuient de plus en plus, selon une étude de la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Mais qu'est-ce que l'ennui exactement ?

Les jeunes s'ennuient de plus en plus. C'est ce qui ressort d'une enquête menée auprès de plus de 3 000 jeunes par des chercheurs de la Vrije Universiteit Brussel (VUB).
Cette enquête bruxelloise révèle que 21,1 % des jeunes âgés de 14 à 25 ans s'ennuient plusieurs fois par semaine, voire tous les jours. En 2006, ce chiffre n'était que de 14,5 %. Tous les jeunes ne sont pas affectés au même degré : plus on est jeune, plus l'ennui est fréquent. Les jeunes en formation professionnelle (22,4 % contre 14,3 % en ASO et 15,3 % en TSO) ou issus de familles en difficulté financière (23,4 % contre 14,4 % dans les familles aisées) sont particulièrement touchés. Pour les chercheurs, l'ennui n'est pas seulement un « traînage » sans but, mais un sentiment d'irritation profonde.
Qu'est-ce que l'ennui ?
Nous avons tous vécu des moments d'ennui : un dîner qui s'éternise, une réunion monotone ou l'attente interminable du bus. Les minutes s'écoulent lentement, une légère terreur vous envahit. Vous tambourinez des doigts sur votre genou, vous remuez sur votre chaise, mais rien ne soulage cet état – ni la guitare, ni le sport, ni un polar captivant.
Ce phénomène, familier, intrigue depuis longtemps philosophes, littérateurs et psychologues. Martin Heidegger le décrivait comme « une brume silencieuse qui balaie l'abîme de notre existence ». D'autres le comparent au dégoût. Des études récentes associent l'ennui chronique à la dépression, bien que non systématiquement. Il se manifeste en deux formes principales : « apathique » et « agité ». Mon équipe et moi étudions les personnes hypersensibles à l'ennui, comme celles avec lésions cérébrales traumatiques, pour identifier les processus cognitifs et zones cérébrales impliqués. Courant mais potentiellement néfaste pour la santé, l'ennui mérite une analyse approfondie.
Dans la tête d'un ennuyé
L'humanité connaît l'ennui depuis l'avènement du temps libre, amplifié par la révolution industrielle. Ce vide mental surgit quand nous devons nous occuper sans stimulation adéquate.
Et pourtant, des mécanismes distincts sous-tendent dépression et ennui.
Dans La Maison d'Âpre-Vent de Charles Dickens, Lady Dedlock confie : « Oui, cher. Et je m'ennuie vraiment à mourir. De cet endroit, de ma vie, de moi-même. » Dickens popularise ainsi le terme « boredom ».
En 1885, Francis Galton mesure l'ennui lors d'une réunion dans Nature (« The Measure of Fidget »), notant les mouvements selon l'attention du public.
Aujourd'hui, des questionnaires standardisés, comme celui de 1986 (Farmer et Sundberg, Université de l'Oregon), évaluent la susceptibilité à l'ennui. Elle corréle avec de mauvaises performances scolaires ou professionnelles, insatisfaction, distractions, abus de substances, et complique la guérison mentale.
Malgré ces avancées, une définition précise manque, car l'ennui varie : apathie léthargique ou agitation fébrile.
Dans notre étude de 2011 à l'Université de Waterloo (Canada), Yael Goldberg et al. ont analysé 823 étudiants via modélisation par équations structurelles. L'ennui chevauche dépression et faible motivation, mais reste distinct. Une étude de 2003 (Theobald et al.) montre que citalopram soulage dépression et ennui différemment.
La susceptibilité à l'ennui se divise en stimulation interne (« Je trouve toujours de l'intérêt ») et externe (« J'ai besoin de variété »). Les dépendants externes sans stimuli suffisent signalent plus de dépression.
En 2012, Ela Malkovsky distingue ennui apathique (« patates de canapé » : indifférents) et agité (besoin intense de stimuli externes, lié à TDAH/hyperactivité, inconfort physique). L'agitée motive l'évasion, l'apathique non. Comme dit Paul Tillich : « L'ennui est une colère diluée. »
Daniel Smilek et J. Allan Cheyne lient ennui à une attention défaillante : déconnexion environnement-pensées rendant le monde fade.
Traumatisme cérébral et ennui
Mon intérêt naît de l'accident de mon frère, luttant contre un ennui post-traumatique malgré sa passion musicale. Chez les patients cérébro-lésés, l'ennui domine, ignoré jusqu'alors.
Nous étudions traumatismes crâniens (TCC : secousses accélérateur/décélérateur). Chez 14 TCC sévères, 33 commotions et 88 contrôles, les plus ennuyés/déprimés cherchent stimuli externes, surtout TCC.
Comportements à risque post-TCC (alcool, sexe non protégé) visent stimuli intenses. Tâche de biais cognitif (Goldberg) : TCC peinent à distinguer nouveauté/familiarité, surtout agités, rendant la vie terne.
C'est peut-être l'incapacité à différencier nouveau et familier.
Le cortex orbitofrontal (OFC), souvent lésé, encode récompenses. Déficit explique attentes vs réalité.
Thérapies futures pourraient réentraîner à la nouveauté, aidant malgré non-maladie de l'ennui.
Rôle dans les maladies cardiaques
Britton et Shipley (UCL) : fonctionnaires s'ennuyant plus meurent jeunes de problèmes cardiaques (suivi 1970-2010).
Colleen Merrifield : ennui élève fréquence cardiaque/cortisol, signe de stress.
Impactant 10 % via dépression, compliquant TCC, l'ennui quotidien mérite étude pour enrichir la vie. (Tiré de Psyché&Brain, 2013, n°5)
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