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Venin des escargots coniques : une piste prometteuse pour de nouveaux analgésiques contre la douleur chronique

Les escargots coniques, avec leurs coquilles colorées et leur apparence modeste, sont en réalité des prédateurs marins redoutables des fonds océaniques. Lorsque un poisson s'approche, ce mollusque pouvant atteindre 23 cm déploie sa trompe en forme de langue et harponne sa proie en un éclair, l'injectant d'un venin paralysant.

"En général, vous ne voulez pas vous faire piquer par un escargot conique", explique Iris Bea Ramiro, chercheuse biomoléculaire à l'Université de Copenhague.

La piqûre de certains escargots coniques est dangereuse, voire mortelle pour l'homme. Pourtant, ce cocktail chimique pourrait se transformer en analgésique puissant. Dans une étude publiée aujourd'hui dans la revue Science Advances, Ramiro et son équipe ont identifié un peptide unique issu d'un escargot conique des eaux profondes sous-étudiées, prometteur pour soulager les douleurs chez les patients atteints de cancer, de troubles endocriniens ou de douleurs chroniques sévères.

La chimie derrière le venin

Tous les escargots marins ne produisent pas de venin, mais les coniques possèdent un mélange puissant. Lors de l'injection, il provoque un choc excitotoxique, immobilisant la victime en quelques secondes. L'escargot engloutit alors sa proie entière, lui infligeant une mort lente.

"Quand j'ai vu pour la première fois des vidéos de leurs attaques, je me suis dit : 'Qu'est-ce que c'est que ça ?'", raconte Ramiro. "Le poisson semble aussi gros, voire plus gros que l'escargot."

Longtemps connu pour sa toxicité, le venin de ces invertébrés révèle des propriétés médicinales surprenantes selon de récentes études.

"La plupart pensaient que les venins d'escargots 'tueurs' étaient surtout composés de neurotoxines. Ce n'est pas exact", précise Mandë Holford, professeure associée de chimie et biochimie au Hunter College et chercheuse au Muséum américain d'histoire naturelle. Plus de 1 000 espèces d'escargots coniques sont connues, mais seulement 2 % ont été analysées en profondeur.

Bien qu'elle n'ait pas participé à l'étude, Holford explique que les recherches antérieures ont révélé un arsenal de plus de 200 peptides et protéines par espèce, ciblant précisément des fonctions physiologiques comme le mouvement, la vision ou la transmission de la douleur, idéaux pour des médicaments thérapeutiques.

Les stratégies de chasse des escargots coniques

"Chaque espèce a un profil de venin unique, formant une bibliothèque de milliers de composés à découvrir", souligne Ramiro. "Il s'agit de trouver les plus intéressants."

Étudier les stratégies de chasse aide à identifier ces composés. Lors de ses études aux Philippines, Ramiro a découvert des escargots coniques en eaux peu profondes, consommés bouillis dans des soupes ou collectionnés. Pour l'étude, un pêcheur philippin a fourni des spécimens de Conus neocostatus du clade Asprella, vivant à 250 m de profondeur, difficiles à étudier.

Venin des escargots coniques : une piste prometteuse pour de nouveaux analgésiques contre la douleur chronique

La plupart chassent par "taser et attache" : piqûre, paralysie immédiate et engloutissement. Certains utilisent un "filet" de venin dans l'eau.

Les Asprella emploient une stratégie inédite d'"embuscade et évaluation" : la proie nage normalement pendant une heure avant de s'affaiblir lentement.

L'équipe a analysé le venin d'un parent proche, Conus rolani, identifiant le peptide Consomatin Ro1, mimant la somatostatine humaine (inhibiteur de croissance cellulaire). Contrairement à la somatostatine (demi-vie de 1-3 minutes), ce peptide est plus stable et cible un récepteur spécifique pour soulager la douleur.

Injecté à des souris, il induit une sédation progressive durant trois heures, confirmant son potentiel analgésique.

"Le cocktail est toxique, mais isolé, ce peptide soulage la douleur", note Ramiro.

Ces découvertes confirment la diversité des venins, promettant de nouveaux médicaments. Prialt, dérivé de Conus magus et approuvé en 2004, est une alternative non opioïde à la morphine, malgré son administration spinale invasive. Le labo de Holford développe des systèmes d'administration améliorés.

"Un long chemin reste à parcourir, mais ces venins surpassent tout laboratoire. Protégeons leur biodiversité", insiste Holford.

"Les escargots coniques optimisent naturellement des molécules stables. Ils nous enseignent pour la biomédecine et l'écologie", conclut Ramiro.

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