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Votre manque de bonheur est-il vraiment de votre faute ? Temps, sens et bien-être

Il y a vingt-cinq ans, ma mère a inscrit « Temps » sur sa liste de souhaits pour la Saint-Nicolas, à moitié en plaisantant. À l'époque, je trouvais cela étrange. Aujourd'hui, à peu près son âge d'alors, je comprends : j'aspire moi aussi ardemment à plus de temps.

Le temps semble filer entre mes doigts à une vitesse fulgurante. Il est toujours trop court, et j'avoue en porter une part de responsabilité. J'ai choisi d'avoir trois enfants, j'aime mon travail passionnant, je ne manque pas ma course hebdomadaire avec des amis, et pour mon développement personnel, j'ai repris des études. Je dis rarement non à une sortie avec mon mari ou mes proches, je m'engage dans le jardin communautaire du quartier, et le désordre à la maison me pèse parfois.

Cependant, je progresse dans la bonne direction, selon le psychologue Ap Dijksterhuis. Dans son ouvrage récent Est-ce que l'argent fait le bonheur ? – dont un extrait est publié dans le dernier numéro de Psyché&Brain –, il défend l'idée de « gagner du temps ». Contrairement à l'adage populaire, sa réponse à la question du titre est un « Oui ! », à condition de dépenser son argent judicieusement : pour du temps libre, des expériences ou des dons aux autres.

Il est possible d'acheter du temps, argue Dijksterhuis : un lave-vaisselle, une aide-ménagère, l'externalisation du repassage, ou simplement travailler moins. J'ai déjà adopté plusieurs de ces solutions grâce au système avantageux des chèques-services et des primes pour congés parentaux.

Pouvons-nous véritablement acheter ou fabriquer notre bonheur ? En partie oui, mais pas tout contrôler. Si vous êtes né pessimiste, le monde ne paraîtra jamais rose. Le cours de la vie dépend largement du hasard : perte d'un proche trop tôt, maladie, chômage, infertilité malgré le désir d'enfants ?

De surcroît, le message « vous pouvez rendre le bonheur possible » peut culpabiliser ceux qui se sentent mal : « C'est de votre faute ».

« Avoir une vie pleine de sens peut être associée au bonheur, mais ce n'est pas nécessairement le cas »

Le bonheur n'est pas tout, affirment de plus en plus de psychologues. Une vie riche de sens prime à long terme : laisser une trace, compter pour autrui. La foi, la spiritualité et le développement personnel y contribuent. Une existence pleine de sens s'accompagne souvent de plus de satisfaction, même sans bonheur constant.

Mon éternel manque de temps me désespère parfois. Pourtant, toutes ces activités me font sentir vivant, loin d'une routine « se lever-travailler-regarder la télé-dormir ». La vie mérite mieux. Je dirais presque « Amen », mais il me faudrait d'abord devenir croyant. Une piste à explorer pour mon épanouissement ?


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