L'évolution a-t-elle filtré les pires effets de la consanguinité au sein de la famille espagnole des Habsbourg ? Une étude espagnole le suggère, mais d'autres généticiens restent sceptiques.

L'évolution a-t-elle atténué les effets délétères de la consanguinité chez les Habsbourg espagnols ? Une étude menée par des chercheurs espagnols l'affirme, bien que d'autres experts en génétique ne soient pas convaincus.
La mort du roi Charles II d'Espagne en 1700, à l'âge de 38 ans, marque la fin de la lignée masculine des Habsbourg espagnols. Souffrant de graves handicaps physiques et mentaux dus à une consanguinité extrême, le roi illustre les problèmes récurrents de cette dynastie : mâchoires proéminentes emblématiques, maladies fréquentes et mortalité prématurée élevée.
Selon une étude de l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle, trois siècles de sélection naturelle auraient compensé les effets néfastes de ces unions consanguines (mariages entre cousins ou oncle-nièce, courants pour consolider le pouvoir). Ce phénomène, observé chez les animaux et plantes, est rare chez l'humain en raison du manque de données sur des lignées multi-générationnelles.
Les chercheurs ont analysé les naissances et décès de 4 000 membres sur plus de 20 générations. Le degré de consanguinité a crû, rendant Charles II génétiquement équivalent à un produit d'inceste fraternel. La consanguinité accroît le risque d'hérédité de gènes récessifs délétères. Chez Charles II, l'infertilité (due à une mutation génétique) et l'insuffisance rénale ont empêché la transmission de ces défauts, tout comme la mortalité infantile élevée (93 morts subites et 76 décès précoces sur 502 grossesses), attribuée à des anomalies génétiques plutôt qu'à des facteurs socio-économiques, absents dans cette famille puissante.
L'étude est publiée dans la revue Heredity.
Cependant, des généticiens comme Alan Bittles (Australie) contestent ces conclusions : « La population étudiée – une seule famille – est trop petite pour écarter les erreurs statistiques. Des régions comme le sud de l'Inde, avec des consanguinités à grande échelle, seraient plus adaptées », déclare-t-il à Scientific American (2020, ks).
