Dans l'étroit passage entre le Kluisberg et l'Escaut, à Kluisbergen, se cache un trésor archéologique exceptionnel. Les fouilles menées par des experts ont mis au jour des vestiges préhistoriques intacts, apportant un éclairage inédit sur notre passé lointain.

Une richesse historique dans un goulot naturel
"Là à l'est, derrière l'église de Ruien, on voit le Kluisberg", explique l'archéologue Bart Cherretté depuis le site de fouilles de son équipe. "Et là, à l'ouest, de l'autre côté, c'est l'Escaut."
Situé à Kluisbergen, en Flandre orientale, à la lisière des Ardennes flamandes, ce site bénéficie d'une vallée étroite due à la proximité du Kluisberg. "Ce goulot d'étranglement naturel entre collines et rivière a attiré les voyageurs du nord au sud depuis des millénaires", précise Cherretté. Des artefacts romains et des pierres taillées néandertaliennes y ont déjà été découverts.
En 2010, le service archéologique de SOLVA lance une prospection par tranchées espacées de 15 mètres. Bien que des traces historiques fussent attendues, la découverte d'un camp préhistorique intact surprend tous. "La région était un terrain de chasse idéal pour les chasseurs-cueilleurs, les troupeaux suivant l'Escaut dans ce passage resserré", note Cherretté. "Mais aucun reste in situ n'avait été trouvé auparavant."
Le chaînon manquant
Les fouilles révèlent une concentration inhabituelle d'éclats de silex. "En dégageant la zone la plus dense, nous avons exhumé un foyer rond fait de dizaines de grès ferrugineux empilés, sous une couche de cendres datée par radiocarbone de 11 000 à 10 700 av. J.-C.", détaille Arne Verbrugge, collègue de Cherretté. "Cette période marque la fin du Paléolithique final et de la dernière glaciation. Un site inédit dans la région, comblant un vide dans notre connaissance de la préhistoire."
Pour la première fois, des archéologues découvrent ici des restes intacts in situ, à l'endroit même où ils furent abandonnés.
Autour du foyer, deux amas de centaines d'éclats de silex suggèrent la fabrication d'outils de chasse. À 1,5 m, des traces d'ocre indiquent probablement l'imperméabilisation de peaux pour des tentes. Le site bordait un ruisseau affluent de l'Escaut.
Analysés par l'Université de Gand, ces vestiges attestent de la culture d'Ahrensburg, nord-européenne du Paléolithique final. Leur préservation s'explique par le climat glaciaire : mers du Nord asséchées, vents du nord déposant sable et limon, protégeant le site de l'érosion et de l'agriculture.

Vestiges d'un foyer rond et d'une couche de cendres de la dernière période glaciaire.
Ce camp est plus méridional que les sites connus aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Scandinavie, les chasseurs-cueilleurs ayant migré sud pour plus de douceur.
Continuité historique
Une voie romaine pavée de 6-7 m de large, parallèle à l'Escaut, croise une route locale. "Exceptionnelle par sa largeur et son pavage", commente Verbrugge.
Depuis novembre dernier, SOLVA explore la dernière zone, cherchant des traces de la fin de l'âge du fer et du début romain. "Nous avons trouvé deux corps de logis et dépendances, typiques des régions méridionales, prouvant la continuité d'occupation", se félicite Cherretté.
Participez aux fouilles
Toute personne souhaitant volunteer sur le site de Ruien peut contacter SOLVA, Département d'archéologie, Joseph Cardijnstraat 60, 9420 Erpe-Mere, archeologie@so-lva.be.