Les auteurs de Congo colonial, une histoire en questions initient un « processus de vérification » pour cartographier avec précision les actions et expériences des colonisateurs et des colonisés.

Le 60e anniversaire de l'indépendance congolaise en est l'occasion, mais les manifestations du mouvement Black Lives Matter, les débats sur les statues de Léopold II et les regrets exprimés par le roi des Belges rendent cette tribune sur l'histoire coloniale particulièrement opportune. Les perspectives historiques aident à contextualiser les sensibilités contemporaines. Dès la création de l'État indépendant du Congo en 1885, une guerre de propagande s'est engagée, qui ne s'est jamais vraiment arrêtée. Léopold II a mobilisé la science pour justifier l'exploration de l'intérieur de l'Afrique comme une œuvre de civilisation. Ses opposants, issus principalement des milieux anticoloniaux anglo-saxons, ont conduit au transfert du Congo à l'État belge en 1908. Léopold s'est défendu par tous les moyens de communication et ruses de l'époque. Quoi de neuf ?
Un débat public n'a de sens que si le public est bien informé
« De nombreuses recherches ont été menées sur le passé colonial de la Belgique, intégrant récemment des perspectives comme le travail forcé, l'environnement, le système juridique ou les différences de genre », déclarait l'historien et co-auteur Benoît Henriet à Eos Science.
Cette nouvelle recherche se reflète dans Congo colonial. Les auteurs adoptent une approche thématique, avec de courts chapitres autonomes partant d'une question précise. Cette méthode éprouvée offre un aperçu kaléidoscopique. Si le lien entre historiens professionnels et grand public reste à renforcer, certaines questions captivent plus que d'autres, comme « Un génocide a-t-il eu lieu dans l'État indépendant du Congo ? » versus « Infrastructures, paysages urbains et architecture : traces de “développement” ou instruments d'“exploitation” ? ».
Avec ce livre, les auteurs lancent un « processus de vérification » : cartographier au plus près les actions et expériences des colonisateurs et colonisés. Un besoin criant, car un débat public n'a de sens que si le public est bien informé.