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Destruction en mer des armes chimiques syriennes : une opération inédite et sécurisée par l'OIAC

Un navire spécialement équipé attend en Espagne pour cette opération historique.

Destruction en mer des armes chimiques syriennes : une opération inédite et sécurisée par l OIAC

Première destruction en mer depuis l'entrée en vigueur de la Convention sur les armes chimiques

Pour la première fois depuis la mise en œuvre de la Convention sur les armes chimiques, la destruction d'armes chimiques syriennes aura lieu en pleine mer. Malgré les protestations des populations grecques des îles méridionales, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) assure utiliser une technologie éprouvée et respecter scrupuleusement toutes les normes de sécurité. Un navire dédié attend en Espagne pour cette mission.

Dans les eaux internationales, au large de la Syrie et hors de la zone des 12 milles nautiques, un cargo dano-norvégien attend la dernière cargaison d'armes chimiques syriennes (composants inclus), représentant encore 8 % du stock. Cette portion finale, difficile d'accès en raison du conflit armé – la route étant contrôlée par des opposants au régime –, devrait quitter le pays avant fin juin 2014.

Une fois la cargaison chargée au port syrien de Lattaquié, les cargos se dirigeront vers Gioia Tauro, dans le sud de l'Italie, avant de rejoindre la Finlande. Parallèlement, le porte-conteneurs américain MV Cape Ray, équipé pour la destruction, quittera l'Espagne pour ce port italien.

Transbordement sécurisé dans un port italien

Le transbordement du gaz moutarde et du DF (tous deux liquides) vers le MV Cape Ray s'effectuera à Gioia Tauro sous des mesures de sécurité draconiennes. Le DF, ou « difluorure de méthylphosphonyle », est un précurseur clé du sarin neurotoxique. « Pour une sécurité optimale, le port sera totalement fermé durant l'opération », déclare Dominique Anelli, chef du Service de démilitarisation chimique (CDB) de l'OIAC. « Nous coordonnons étroitement avec les autorités italiennes pour un déroulement impeccable. »

L'OIAC, récompensée par le Nobel de la paix en 2013 pour son engagement à éradiquer les armes chimiques mondiales, supervise chaque étape, de la collecte à la destruction. Tout est scellé et sécurisé.

Équipe et technologie expertes

À bord du MV Cape Ray, les substances les plus dangereuses seront neutralisées via deux systèmes mobiles d'hydrolyse (Field Deployable Hydrolysis Systems - FDHS), une méthode standard et validée pour la destruction d'armes chimiques.

Destruction en mer des armes chimiques syriennes : une opération inédite et sécurisée par l OIAC

« L'équipe américaine, impliquée depuis 1997 dans le démantèlement de 25 000 tonnes d'arsenal chimique américain, maîtrise ces installations mobiles », précise Anelli.

Une première historique

Depuis 1997 et l'application de la Convention (CAC), les destructions se font généralement à terre, dans le pays concerné, sous supervision OIAC. Impossible en Syrie du fait de la guerre, une alternative maritime a été validée. Les produits de Priorité 1 (gaz moutarde, DF) seront traités en Méditerranée, évitant des transports terrestres risqués au Moyen-Orient.

L'opération se déroulera en eaux internationales, entre Crète, Malte et Italie, dans une zone calme (vents modérés, vagues < 2 m), loin des zones habitées. Le navire naviguera sans relâche pendant trois mois.

Consensus international malgré les craintes locales

Malgré les protestations des habitants et élus crétois, la décision émane de tous les États membres de l'OIAC. « Nous avons briefé les parlementaires grecs sur le processus. Il revient aux responsables locaux d'expliquer ce choix politique », note Anelli.

« Les inquiétudes sont infondées : le FDHS est un système clos, sans rejets nocifs. En 20 ans sous supervision OIAC, zéro incident », ajoute Mehran Rouzbahani, consultant chimie OIAC depuis 1997.

Traitement final des déchets

Après hydrolyse, les résidus (concentration < 0,1 %) seront stockés en conteneurs ISO à bord, puis incinérés en Allemagne et Finlande. Le processus complet durera au maximum 300 jours.

Anelli et Rouzbahani démystifient : « Pas de raison de craindre. L'hydrolyse est maîtrisée, comparable aux flux chimiques quotidiens dans des ports comme Rotterdam. »


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