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Les enzymes des champignons : une révolution verte pour les cosmétiques

Les enzymes issues des champignons promettent de rendre la production de shampoings, parfums et autres cosmétiques plus respectueuse de l'environnement.

Les enzymes des champignons : une révolution verte pour les cosmétiques

Les procédés chimiques traditionnels de l'industrie cosmétique sont énergivores et génèrent d'énormes quantités de déchets. La biotechnologie change la donne dans le secteur de la beauté, grâce aux enzymes fongiques qui verdissent la fabrication de shampoings, parfums et cosmétiques.

Lavez-vous les cheveux avec un shampoing, brossez-vous les dents, appliquez une lotion corporelle contre la déshydratation et n'oubliez pas votre déodorant ! Les produits cosmétiques font partie de notre quotidien. Aujourd'hui, les consommateurs exigent des formules "vertes", à base d'ingrédients naturels et produites de manière durable. La demande pour ces cosmétiques explose.

En magasin, les étagères débordent de crèmes, rouges à lèvres et lotions labellisés "naturel", "bio" ou "organique". Les chiffres confirment cette tendance : en 2012, le marché mondial des cosmétiques naturels valait plus de 5,8 milliards d'euros, et il devrait dépasser 10 milliards en 2018. Pour répondre à cette demande croissante, l'industrie cosmétique traditionnelle doit se réinventer.

Le rôle clé des enzymes

La production mondiale d'ingrédients cosmétiques laisse une empreinte écologique lourde. Souvent issus de la pétrochimie, ces ingrédients sont transformés par des réactions chimiques à haute température (jusqu'à 160 °C), consommant beaucoup d'énergie et générant solvants, réactions secondaires et déchets. Comment passer à une production plus écologique ?

Les enzymes, protéines accélérant les réactions cellulaires, attirent l'attention. Elles opèrent à basses températures (50-60 °C), transforment des matières végétales en ingrédients cosmétiques, et leur spécificité assure une pureté élevée sans sous-produits indésirables, simplifiant les processus.

Cependant, il faut l'enzyme parfaite. "Il faut précisément la bonne enzyme pour la bonne conversion", explique le microbiologiste Ronald de Vries, du Centre de biodiversité fongique CBS-KNAW à Utrecht. Dans le projet européen OPTIBIOCAT, dédié aux enzymes écoénergétiques pour cosmétiques, il traque ces enzymes... chez les champignons.

Antioxydants naturels

De Vries et son équipe ciblent les enzymes produisant des antioxydants, ajoutés aux cosmétiques. "Les antioxydants protègent la peau des oxydants solaires et polluants, comme dans l'alimentation", précise-t-il. Actuellement synthétisés chimiquement, ils pourraient l'être via enzymes pour un procédé biologique.

Deux estérases fongiques, décomposant les végétaux mais réversibles pour synthétiser, ont été identifiées. À partir de leurs gènes, des centaines de génomes fongiques sont explorés pour d'autres candidats.

Les chercheurs adapteront aussi ces enzymes, par exemple pour une acidité optimale. "Pour un bioréacteur spécifique, nous les optimisons nous-mêmes", ajoute De Vries.

Phase d'essais

Les gènes modifiés sont insérés dans des champignons producteurs, les enzymes purifiées et testées (pH, température, stabilité). Les partenaires européens vérifient leur efficacité pour les antioxydants.

L'industrie cosmétique s'intéresse aux alternatives pour réduire le CO2 et répondre à l'opinion publique. Les approbations regulatorires, incluant tests de sécurité, prendront du temps. Patience pour les éco-consommateurs !

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