Au printemps 2014, plus d'un millier d'Anversois ont installé un fraisier sur leur rebord de fenêtre. Jelle Hofman, doctorant à l'Université d'Anvers, a réalisé une carte détaillée de la qualité de l'air basée sur les particules fines accumulées sur les feuilles.

Anvers a connu un engouement massif pour les fraises en 2014. Les « AIRbezen » ont fait les gros titres des médias. À l'origine de ce projet : Jelle Hofman et son superviseur Roeland Samson, bio-ingénieurs de l'Université d'Anvers. Ils ont testé si les fraisiers pouvaient servir de stations de mesure low-cost de la qualité de l'air, en partenariat avec des volontaires de Stads-lab2050.
Le succès a dépassé toutes les attentes. « Nous visitions 200 participants pour deux mois, mais nous avons dû limiter à plus de 1 000 inscriptions », explique Hofman.
Ce succès s'explique par la pollution atmosphérique élevée à Anvers, l'une des pires d'Europe. Les habitants voulaient connaître la qualité de l'air locale. Certains ont même placé des plants à plusieurs adresses pour comparer. Le projet a évolué vers un site web informatif.
Les plantes, de véritables stations de mesure
Pour sa thèse, Hofman utilisait déjà des feuilles d'arbres pour mesurer la pollution. « Les plantes captent la poussière fine sur leurs feuilles. Nous détectons les particules magnétisables (comme le fer) pour évaluer l'exposition. »
Cette méthode biomagnétique, pionnière à l'Université d'Anvers, est économique et attire l'intérêt mondial. AIRbezen est une première à grande échelle avec des plants standardisés : clones identiques, même terreau, consignes uniformes, placements variés (centre et périphérie).
Sur 1 000 participants, 720 ont renvoyé des feuilles. Celles-ci ont été mesurées (taille normalisée), exposées à un champ magnétique pour quantifier les particules métalliques. Un signal magnétique élevé indique plus de poussière fine.
Hofman a cartographié les données, validant les fraisiers face aux modèles existants. Avantage clé : contrairement aux deux stations fixes officielles, les plants révèlent des variations locales (à 10 m près, entre rues, hauteurs). Conseils pratiques : ventiler en haut et loin de la rue ; cultiver sur le toit ; privilégier rues larges et végétation protectrice.
Origine de la pollution
Le trafic est le principal coupable, mais les sources varient (combustion, freins, tramways). Les particules magnétiques ne distinguent pas toujours origines nocives vs. neutres. Analyses excluant voies ferrées/tramways pour fiabilité.
Une analyse chimique fine (acier vs. oxydes) est possible mais coûteuse. AIRbezen achève la thèse de Hofman, qui espère poursuivre. Intérêt persistant : Anvers prépare AIRbezen 2 ; Amsterdam et Gand s'intéressent. Succès majeur : relance de la science citoyenne.
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