Grâce au président Trump, le débat sur la neutralité du net a repris de plus belle. Les fournisseurs d'accès peuvent-ils facturer des surcoûts à des services comme Facebook ou Spotify pour leur trafic massif de données ? Cette question brûlante agite aussi l'Europe.
Facebook et Spotify défendent la neutralité du net, tout en concluant souvent des partenariats pour des abonnements exclusifs.
En 2015, beaucoup pensaient que la neutralité du net était réglée après la décision d'Obama imposant un traitement égal de toutes les données par les fournisseurs. Mais Donald Trump a renversé cela en décembre 2017. Aux États-Unis, la neutralité n'est plus obligatoire, et la compétence passe de la puissante FCC à la plus modeste FTC.
En tant qu'internaute, vous accédez librement à tout site ou service via votre abonnement Internet. Cette liberté semble évidente, mais elle repose sur la neutralité du net, qui interdit toute discrimination.
Par exemple, en Belgique et aux Pays-Bas, certains sites pirates comme The Pirate Bay sont bloqués par des messages gouvernementaux. Sans neutralité, les restrictions pourraient se multiplier. Elle empêche les fournisseurs de privilégier un site au détriment d'un autre, comme le throttling de BitTorrent, autrefois pratiqué pour limiter la bande passante peer-to-peer.
Les fournisseurs d'accès (FAI) plaident pour une neutralité allégée. Ils refusent le statut de service public (comme l'eau ou l'électricité), qui impose des obligations coûteuses. La neutralité les réduit à de simples tuyaux, les privant d'abonnements ciblés, comme pour le streaming vidéo.
Ils estiment que des géants comme Google, Facebook et Netflix se sont enrichis grâce à leurs investissements en infrastructure, sans contribuer équitablement.
Internet est un réseau interconnecté de FAI et de fournisseurs de contenu, via des échanges Internet et des backbones. Les accords de peering équilibrent les coûts quand le trafic est réciproque. Mais les flux unidirectionnels de Netflix ou YouTube déséquilibrent cela, obligeant les FAI à investir massivement sans compensation.
Google achète de la capacité backbone et déploie son réseau Edge ; Netflix installe des serveurs Open Connect chez les FAI. Malgré cela, les FAI se plaignent des coûts croissants face à la concurrence des streamers sur leurs offres TV.
La décision de Trump a des échos en Europe. Dominique Leroy, ex-PDG de Proximus, plaidait en 2017 pour un assouplissement : « Google, Netflix et Facebook consomment massivement sans payer. Pourquoi ne pas facturer comme pour les camions sur les routes ? »
L'UE défend officiellement la neutralité, mais tolère les « zero-rating » : abonnements où le trafic d'un service (ex. Spotify) n'est pas compté. Controversés, ils sont autorisés dans certains pays (Allemagne), contestés dans d'autres (Suède).
Paradoxalement, les géants du contenu soutiennent la neutralité tout en participant à ces offres. Aux États-Unis, cela a servi d'argument pour affaiblir les règles, comme le soulignait le congressiste Ro Khanna citant des exemples portugais et néerlandais favorisant Facebook ou Instagram.
[]