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Hambourg enterre l'A7 : le "Hamburger Deckel", un projet ambitieux contre bruit et pollution

Hambourg couvre une section très fréquentée de l'autoroute A7. Un investissement coûteux, mais efficace pour lutter contre le bruit et la pollution atmosphérique.

Hambourg enterre l A7 : le  Hamburger Deckel , un projet ambitieux contre bruit et pollution

Hambourg couvre une section très fréquentée de l'A7. Un investissement coûteux, mais une arme efficace contre le bruit et la pollution de l'air.

Le projet, baptisé "Der Hamburger Deckel" (le couvercle de Hambourg), ne couvrira pas l'ensemble de l'A7, qui divise la ville en deux depuis les années 1970 et voit défiler des milliers de véhicules par heure devant habitations et terrains de sport. La couverture se limite à trois tronçons totalisant 3,5 kilomètres. Les travaux débuteront à l'automne et s'étaleront sur plus de dix ans. "Les tunnels sont le moyen le plus efficace pour réduire les nuisances sonores, mais aussi le plus coûteux en termes de construction et d'exploitation", explique Bernd Rothe, ingénieur chez DEGES, l'entreprise publique chargée de la modernisation des autoroutes allemandes. "C'est pourquoi ils ne sont réalisés que dans les zones densément urbanisées où les seuils de bruit sont dépassés."

Le reste de l'A7 bénéficie d'autres mesures, moins radicales. "Des écrans acoustiques, parfois jusqu'à 9 mètres de haut, seront installés le long des bordures et sur le terre-plein central, certains inclinés vers la chaussée pour une meilleure absorption. Ces écrans comporteront un "toit" de 3,5 à 4,5 mètres surplombant la route. Nous utiliserons aussi du béton bitumineux très ouvert (ZOAB), ou "asphalte drainant", une surface poreuse coûteuse mais qui absorbe efficacement le bruit des pneus et des motos", précise Rothe.

Les 25 hectares libérés par les couvertures seront végétalisés pour reconnecter les quartiers. Chaque tronçon aura son identité : à Schnelsen (560 m), potagers et promenade engazonnée inspirée du Déjeuner sur l'herbe de Manet, avec café et espaces pour marchés ; à Stellingen (893 m), potagers, pelouses et parc arboré ; à Altona (2 030 m), jardins et zones de loisirs reliés au Volkspark, formant un boulevard vert jusqu'à l'Elbe.

Découpe et couverture

Les tunnels sont construits par la méthode de la tranchée couverte (fosse à ciel ouvert) : excavation, murs, puis toit. Pour maintenir la fluidité du trafic, les travaux commencent par l'ouest : une fois fini, la circulation basculera dans le nouveau tunnel pendant la rénovation de l'est. Le toit en béton armé de 1,4 m d'épaisseur supporte 1,2 m de terre pour plantations, avec une charge admissible de 10 kN/m² (environ 1 tonne/m²), adaptée aux jardins et structures légères, mais pas aux habitations. L'eau de pluie est évacuée latéralement.

À Stellingen, la complexité réside dans un échangeur élargissant à dix voies. "La grande portée (25 m+) nécessite une charpente précontrainte", note Rothe. La nappe phréatique haute impose un passage au-dessus, faisant saillir le toit de quelques mètres, sans impact majeur pour les riverains habitués aux écrans antibruit.

Bruit et pollution

Les portails des tunnels génèrent bruit et émissions. Des écrans supplémentaires les protègent. La ventilation par ventilateurs de poussée limite CO et NOx, évacués à la sortie.

La section aérienne de 380 m entre Elbe et Altona pourrait voir une pollution accrue. Une piste : revêtement photocatalytique au dioxyde de titane, décomposant les polluants sous UV sans altérer l'asphalte drainant. Relier les tunnels coûterait 120 millions d'euros supplémentaires.

La sécurité est assurée : issues de secours tous les 60 m, caméras intelligentes détectant les camions hauts.

Plus de voies

Ce projet s'inscrit dans la "capitale verte de l'Europe" 2011 : verdissement du port, réseau de parcs et pistes cyclables/ piétonnes sur 15-20 ans, décourageant la voiture pour une meilleure qualité de vie.

Mais l'A7, axe nord-sud clé reliant port et aéroport, était saturée : de 56 000 véhicules/jour en 1970 à 152 000 aujourd'hui (+26 % au pic), 165 000 prévus en 2025, avec 50 % d'accidents en moins que la moyenne. Sur 11,6 km, passage de 4-6 à 6-8 voies, plus bretelles.

Financement

Coût total : 600-700 millions d'euros (56,5 % pour tunnels). Financé majoritairement par l'État fédéral, Hambourg investit 167 millions, récupérés via vente de terrains pour 1 700 logements, notamment près de l'hippodrome.

Hambourg illustre l'évolution urbaine : des autoroutes en surface aux villes vivables. Stockholm et Madrid ont déjà couvert des rocades. À Anvers, une étude de 2012 sur le périphérique stagne, après la fermeture du ring.

Cet article est paru dans le numéro de mars 2014 d'Eos.


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