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Pourquoi les embouteillages s'aggravent-ils en Belgique ? Analyse d'experts

La Belgique détient le record mondial d'embouteillages par habitant. Le gouvernement investit des milliards dans les infrastructures pour démêler la circulation, mais est-ce efficace ?

Selon le Centre flamand de la circulation, 2017 a marqué un record absolu d'embouteillages sur les autoroutes flamandes, surpassant 2016. Les rocades d'Anvers et de Bruxelles concentrent les principaux goulets d'étranglement, représentant 52 % des bouchons en Flandre lors des heures de pointe du soir. Bruxelles, qui accueille 350 000 navetteurs quotidiens, a longtemps été la capitale de la congestion. Mais Anvers, avec une augmentation annuelle de 10 %, a repris ce triste sceptre l'année dernière.

« À Amsterdam, la norme est d'une place de parking pour cinq logements. Anvers met à disposition deux places par famille. »

L'expert en mobilité Dirk Lauwers, de l'Université d'Anvers et de l'UGent, observe une dégradation rapide à Anvers. « En trois ans, la congestion sur les autoroutes a bondi d'un tiers », explique-t-il. Deux causes principales : un degré de saturation maximal des routes et une hausse des incidents, amplifiée par le trafic de fret accru. Les heures de pointe s'étendent, rendant les alternatives difficiles.

Les transports publics posent aussi problème. « De Lijn a investi dans des trams plus capacieux et réorienté les bus vers la périphérie, mais la communication sur les retards a disparu et le service s'est dégradé », note Lauwers. Résultat : une chute alarmante de l'usage des transports en commun. Une enquête récente montre que les Anversois privilégient vélo et voiture pour les trajets domicile-travail ou école. Cela menace l'accessibilité de la ville et doit changer urgemment.

Cinquante-cinquante

Avec le Fietsersbond, le mouvement piétonnier et d'autres acteurs, Lauwers propose un pacte mobilité pour Anvers : transports publics efficaces, plus d'espace pour piétons et cyclistes. « Les travaux Oosterweel et la couverture du ring créent un défi majeur, mais une opportunité pour réduire la voiture en ville », dit-il. Actuellement, 70 % des employés viennent en voiture, 15 % à vélo ou pied, 10 % en transports en commun. Objectif 2030 : 50-50 entre voiture et alternatives.

Selon les données du Centre flamand, -20 % de voitures à l'heure de pointe du soir équivaut à 40 000 véhicules en moins. « Il faut des alternatives durables pour un transfert modal pérenne », insiste Lauwers. Développer le rail régional (toutes les 15 min vers Malines, Sint-Niklaas, etc.) transformerait les trains en métro de proximité.

Loin du centre

Une taxe sur les parkings d'entreprise est clé. « Arrêtons d'étendre l'infrastructure routière. Londres interdit les nouveaux parkings en centre-ville ; Amsterdam limite à 1 place/5 logements. Anvers offre 2 places/famille, favorisant la bicarburie », argue Lauwers. Moins d'infrastructures = moins de voitures, comme à Amsterdam ou Copenhague.

Pourquoi les embouteillages s aggravent-ils en Belgique ? Analyse d experts

Johan De Mol, expert à l'Université de Gand, plaide pour une transition radicale : « Plus de transports publics et vélos est sain, sûr, économique et bon pour l'aménagement du territoire. Les voitures de société coûtent 1,2 % du PIB belge (4,5 milliards d'euros en 2017). » Interdire les voitures en centre-ville force le changement en périphérie, comme à Gand ou Louvain.

"Asphaltez le réseau ferroviaire !"

« Dès la périphérie, métro, tram, bus, vélos ou voitures partagées incitent à laisser la voiture plus tôt », dit De Mol. Carlo van de Weijer (TU Eindhoven, TomTom) mise sur voitures autonomes et vélos, jugeant les transports publics coûteux. Mais De Mol rétorque : infrastructures ferroviaires existantes vs. coûts fiscaux des voitures.

L'électrique n'est pas sacré

De Mol rejette les voitures autonomes électriques : « Pas avant 10 ans, et elles nécessitent parkings, générant du trafic vide. » Il prône co-modalité (vélo + transports) et mobilité partagée, avec billets intégrés comme l'Oyster Card londonienne. Flandre manque de réseaux nodaux fréquents ; Stockholm passe toutes les 4-5 min jusqu'à 4h.

Science-fiction

L'Hyperloop de Musk ? « Science-fiction coûteuse », selon De Mol et Lauwers. Mieux investir dans rail-vélo, comme aux Pays-Bas où 50 % des usagers viennent à vélo.

Main invisible

Roland Kager (ex-UAmsterdam) vante le "train-cycliste" : vélo + train booste l'attractivité urbaine. Le sharing (Velo, Vélib') accélère ce paradigme. « La voiture décline en ville pour espace, environnement et sécurité. Cette évolution, venue d'en bas, est imparable. »


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