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Comment naît le complotisme ? Enquête sociologique sur les origines de la méfiance

Jusqu'à récemment, les théoriciens du complot étaient étudiés par la science comme des cas rares. Le sociologue amstellodamois Jaron Harambam les a pris au sérieux, enquêtant sur les racines de leur méfiance.

Harambam note que les théories du complot peuvent être profondément déprimantes. Au milieu de sa thèse, il traverse une crise personnelle, voyant le mal partout. « À l'Albert Heijn, je me disais : pas les légumes, pleins de pesticides ; pas le poisson, chargé de mercure ; pas la viande, bourrée d'hormones. Que puis-je encore acheter ? Une immense peur que le monde entier me trompe m'a envahie. J'ai réalisé que je m'identifiais aux trajectoires des complotistes. »

Les complotistes eux-mêmes nomment ce processus « l'éveil », semblable à une conversion religieuse. Certains cherchent à « réveiller » les autres, d'autres partagent simplement leurs expériences pour ouvrir les yeux.

La méfiance générale vécue par Harambam résonne avec Jelle van Buuren, chercheur en sécurité à l'université de Leyde. Sa thèse de 2016 évalue le danger du complotisme pour la démocratie : modéré, car il mobilise rarement les foules ou incite à la violence. Il plaide pour une approche nuancée : « Les complotistes partent souvent d'un message légitime. Concentrons-nous sur ce fond sous-jacent. »

Van Buuren critique la vision simpliste du complotisme comme « méfiance injustifiée ». Mieux vaut interroger : « Que révèle cette méfiance sur notre société ? » Il voit les complotistes comme des « canaris dans la mine », signalant des dysfonctionnements réels, comme l'ignorance des vœux populaires au profit des lobbies. Abolir le référendum consultatif néerlandais, par exemple, alimente ces craintes.

Pour Van Buuren, les théories du complot modernisent la religion : elles divisent en « nous contre eux », bons contre méchants, offrant une vue d'ensemble dans un monde chaotique. Rien de plus humain.

Harambam conclut que les théories victorieuses s'appuient sur traditions, expériences, explications pseudo-scientifiques, sociologie et visions d'avenir. Elles séduisent car sensibles à nos réalités, malgré leurs erreurs. N'oublions pas le « fun » : suspense, détective, mélange réalité-fiction, comme dans films et pop culture.

Harambam adopte une méthode inédite : immersion totale dans le monde complotiste.
« Lorsque mon fils est tombé malade après la 2e et 3e vaccination, j'ai pensé : maintenant je ne suis plus folle. »
Aux Pays-Bas, près de 40 % croient que l'industrie pharma préfère traiter longtemps les malades plutôt que les guérir.
Le complotisme couronne la méfiance générale.
Un complotiste vous submerge vite en débat. Sans préparation, vous lui donnez raison.

Cet article date de février 2018, remis au goût du jour par les théories liant 5G et coronavirus.

Des X-Files à la thèse

Années 1990 : époque des X-Files, sombres secrets gouvernementaux et extraterrestres. Le jeune Jaron Harambam (1983, Amsterdam) adore. Étudiant en sociologie à l'université Erasmus de Rotterdam, la crise financière de 2008 et les documentaires Zeitgeist de Peter Joseph ravivent sa fascination : religion, 11 Septembre, système bancaire.

Il rejoint un meet-up Zeitgeist, divers profils. Il décide d'étudier les complotistes, jadis vus comme fous ou schizophrènes. Sa génération suspend le jugement : phénomène sociétal révélateur.

Immersion totale

Harambam surfe quotidiennement sur Niburu, Zapruder, WeAreChange.org ; assiste à meetings, dont celui de David Icke (reptiliens gouvernants). Gagner la confiance prend du temps : blog parallèle entre critiques ordinaires et complotistes, citant abus pharma reconnus.

Les théories impliquent un petit groupe conspirant secrètement. Mais variées : du factuel au spirituel. Commun : remise en cause de l'histoire officielle.

Popularité : majorités croient à complot JFK ; 1/3 d'Américains à un Nouvel Ordre Mondial ; 1/5 au 11/9 gouvernemental ; 40 % Néerlandais suspectent pharma.

Les autres sont des moutons

Profils hétérogènes : éduqués ou non, sobres ou excentriques. Trois types : chasseurs de preuves, relativistes, spirituels. Ciblent élites internes (institutions, food, médecine, finance), abus de pouvoir reflétant défiance générale envers politique/experts.

Complots aussi outil politique : totalitaires ou démocrates invoquent ennemis pour plus de pouvoir.

Stef Aupers (promoteur, KU Leuven) : « Complotisme = cerise sur la méfiance ; intention là où chaos. » Psychologues notent hypersensibilité aux liens ; Harambam : radars trop faibles chez « moutons ».

Vaccins et discriminations

Seuil variable : doute pharma partagé, mais pas vaccins toxiques. Déclencheurs : expériences perso + scandales réels (Watergate, NSA, ingérences russes).

Katrijn Depoorter : fils malade post-vaccin DPTP, ignore centre santé ; doute bénéfices, profits labs/gouvernement.

Guilly Koster (ex-public, New Media Platform) : failles 11/9, JFK ; perso : discriminations ethniques au boulot. Contrôle masses via religion/peur/argent.

Suspicion raisonnée

Harambam s'identifie partiellement : finance, multinationales, FDA, pharma influencent science. Mais pas toutes les folies. Focus : vécu des complotistes.

Brecht Decoene (Suspicion) : débats risqués sans expertise ; « puits de réflexion » ignorent contraires. Médias mainstream défaillants poussent auto-enquête via Internet.

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