Les jeunes scientifiques Moritz Gallei et David De Pue interrogent leurs modèles inspirants. Cette fois, ils discutent avec Willy Verstraete, éminent professeur émérite en bio-ingénierie, de sa carrière exceptionnelle, de la production de protéines microbiennes et de l'avenir de l'agriculture et du monde.
Willy Verstraete a révolutionné le traitement des déchets, la purification de l'eau et la lutte contre la pollution azotée grâce à ses recherches pionnières. Son enseignement passionné a inspiré des générations de bio-ingénieurs.
« Il faut être conscient que le bonheur est un facteur clé dans la vie. Soyons humbles : vous naissez à un moment et un lieu donnés, avec une configuration génétique particulière. Tout cela échappe à votre contrôle. Soyez reconnaissant si vous avez bénéficié d'une bonne éducation. Je suis né en 1946, juste après la guerre. Le pays se relevait, chaque jour était meilleur que le précédent. Un contexte idéal pour démarrer.
À l'époque, l'enseignement supérieur était réservé à l'élite. Mes parents exploitaient une petite ferme avec une grande famille. Normalement, à 14 ans, les enfants quittaient l'école pour travailler. Mais j'excellais : j'ai fini l'école primaire à 11 ans. Le prêtre, le notaire et l'instituteur ont convaincu mes parents de m'envoyer en école professionnelle. L'alternative était le séminaire, gratuit.
« J'avais le don de la curiosité, et j'ai eu l'opportunité de l'exploiter. »
« Moi, je rêvais de sciences, pour approfondir les maths. Mes parents ont accepté, me donnant cette chance décisive. À 17 ans, j'entre à l'université. Seuls deux garçons du village y allaient : le fils du notaire et moi, fils d'un petit éleveur de porcs. Tout le monde pensait que je visais trop haut. Ma première année fut rude : tous les examens en une semaine, sinon redoublement en septembre. Pas question d'échouer devant le village ! J'ai intégré l'Université de Gand, sans jamais regarder en arrière. À ma surprise, j'ai été nommé meilleur étudiant de l'année. »
« Après mes études en « chimie et génie agricole » – l'ancêtre de la bio-ingénierie –, j'ai eu l'opportunité d'aller aux États-Unis, le paradis scientifique. À Cornell, j'ai obtenu mon doctorat. En 1971, offre de retour à Gand. Le système universitaire évoluait vers plus de dynamisme. Nommé professeur à 27 ans. En résumé : désir d'explorer, esprit familial entrepreneurial et contexte post-guerre ont rendu cela possible. »
« L'exploration scientifique m'a toujours fasciné. Tout curieux est un scientifique. J'en ai rencontré partout, hors université. Mon don pour la curiosité a trouvé son terrain. Dans les années 1960, la science était statique, à ingurgiter. Aux USA, on la pratiquait vraiment. J'ai choisi un domaine ouvert : sciences et technologies de l'environnement, sans manuel ni recherche établie. Comme mon père disait : « Si tu veux découvrir, emprunte un chemin inexploré ». »
« Ce qu'il y a de merveilleux avec la science, c'est qu'elle ne se termine jamais : on découvre toujours l'inattendu. Les gens croient vite tout épuisé. Exemple personnel : aux USA, les pesticides étaient rois. Tout le monde voulait y travailler, moi inclus.
« En fait, je ne pense pas que la recherche fondamentale soit une bonne description. Je préfère parler de recherche axée sur la curiosité. »
« Promis sur les pesticides, mon prof m'assigne la nitrification (oxydation de l'ammoniac en nitrate, clé du cycle azoté). Mes collègues : « Oh non, cinquième en ligne, les quatre premiers ont échoué ! ». J'ai suivi le conseil paternel : nouveau chemin. Trois semaines après, nouvel organisme découvert. À 72 ans, j'y travaille encore ! Histoire magnifique. Fils d'agriculteur, je vise toujours l'application scientifique. Mais un pur curieux n'en a pas besoin. »
« Absolument pas. Respectons les chercheurs « fondamentaux » ; la société doit les soutenir. Mieux : « recherche axée sur la curiosité ». Qu'est-ce de fondamental ? La curiosité mène à l'enquête, sans viser l'usage immédiat. D'autres appliquent ensuite. Je vise le milieu : fondamental d'abord, application rapide ensuite. C'est l'essence de l'ingénieur. »
« L'université doit vous propulser vite. Formation théorique solide en maths, physique, chimie, biologie pour les bio-ingénieurs. Comme piloter un avion : montez à 10 000 m, puis explorez. Aujourd'hui, les jeunes manquent de contact réel, scotchés aux écrans. Jouez dehors enfants, bougez ados, travaillez étudiants. Trop virtuel = mal préparés à la vraie vie. »
« L'amour de ma vie ! J'ai combiné recherche et enseignement. Ça me manque à la retraite. Douze semaines de cours : les étudiants adoptent votre langue. Guidez-les pas à pas, récompensez leur attention. Privilège de les mener vers de nouveaux horizons. Subtilement. Les meilleurs profs que j'ai eus bégayaient : pas besoin d'éloquence ! »
« À la retraite en 2011, nouveau défi inexploré. L'azote réactif des déchets est gaspillé via nitrification-dénitrification. Pourquoi détruire ? Réutilisons-le.
Retourner aux champs ? Concurrence aux engrais. Convertir en ce que tous veulent : biomasse microbienne protéinée. Gaz verts (H2, O2 d'eau électrolysée), CO2, NH3, P au réacteur : bactéries produisent protéines pour aliments, aliments animaux, engrais, plastiques biodégradables. »
« Oui. Article suivant : remplacer soja, poisson par microbiennes économise 6 % des terres agricoles mondiales – taille de la Chine ! »
« Vrai, mais complémentaire. Protéines microbiennes libèrent terrains fourragers durablement. Voie pour bio-ingénieurs. »
« Efficace, mais humains conservateurs évolutivement face au nouveau. Patience requise. On mange déjà yaourt, levure... »
« Quitter pression environnementale/agriculteur. Surfertilisation (300-400 kg N/ha) fuit. Excès élevage : antibiotiques/résistances. Consommateurs : stop « vaches double-musclées », cultures pesticides/surfertilisées. »
« Rester attentif à la planète. Montée populiste sans empathie, slogans. Oubli leçons passé (ex. séparations familles 2018). Choquant. »
« Comptons bénédictions : éducation, communication, nuances progressent. Meilleure santé, nourriture, hygiène qu'historiquement. Climat : Paris avance, malgré retards. UE = paix. Contrecoups passagères. Confiance : prochaine génération aura bel avenir. »