Charlotte Jacob est doctorante et assistante de mandat au VIB-UAntwerp Center for Medical Neurology. De nombreuses femmes travaillent aujourd'hui dans son groupe de recherche, mais ce n'était pas toujours le cas. Entretien avec deux exemples inspirants qui racontent leur expérience à leur époque.
À l'occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, j'ai interviewé deux scientifiques éminentes du VIB Center for Molecular Neurology : le professeur Christine Van Broeckhoven et le professeur Rosa Rademakers (ancienne doctorante sous la direction du professeur Van Broeckhoven). Leaders mondiales en recherche sur les maladies neurodégénératives, elles partagent leurs parcours.
CVB : En 1971, j'ai débuté en chimie à la RUCA (Rijksuniversitair Centrum Antwerpen). Sur 90 étudiants, il n'y en avait que quatre femmes. Dès 1900, les femmes étaient autorisées à l'université, mais pas vraiment les bienvenues. Les premières professeures belges ont été nommées entre 1925 et 1960. En 1971, on attendait encore des femmes qu'elles fassent le ménage et élèvent les enfants – c'était dit littéralement.
RR : J'ai obtenu un bachelier en biologie et un master en biochimie, avec beaucoup d'autres étudiantes.
CVB : Je ne me souviens d'aucune.
RR : Seulement deux : Christine Van Broeckhoven et Ingrid De Meester.
CVB : Il y en a encore peu. À mon époque, une femme en sciences exactes était exceptionnelle. Les hommes pensaient que nous arrêterions de travailler après des enfants.
RR : Ce changement pourrait venir. Les femmes optent souvent pour l'enseignement secondaire, plus compatible avec la famille.
CVB : Ils ne nous prenaient pas au sérieux, en cours comme aux examens. Un prof de maths sortait avec les étudiants au lieu d'enseigner. Par principe, je n'ai pas étudié ; à la session de rattrapage, j'ai fini vite. Il m'a interdit de passer l'examen, incrédule.
CVB : Ils ne nous traitaient pas différemment. Ils aimaient la présence de filles.
CVB : Non, j'ai été la première femme à obtenir un doctorat en sciences à cette université.
RR : Nous avions 70 % de femmes à un moment, doctorantes et postdocs inclus.
CVB : En 1978, crise économique : impossible en chimie industrielle à Anvers pour une femme, même en administration – « sécurité non garantie ».
CVB : Pas directement, mais clair. En 1983, de retour à l'UA pour l'ADN (appris à Leiden sans salaire ni statut, en « bénévole »), j'ai publié dans Nature et Science... sans poste. Chercheuse FWO en 1989, professeure en 1993 après prix Potamkin (1989) et Joseph-Maisin (1995).

CVB : Mon groupe parmi 9 du VLAB. Excellence pure, seule femme sélectionnée. VIB exige rigueur.
CVB : Groupe masculin, comités promotion tous hommes : j'ai dû m'imposer. Pour la commission doctorale, j'ai plaidé pour 80 % comme temps plein. J'ai changé les réunions pour les familles.
RR : À 80 %, on concurrence les 100 %. Publications et grants comptent, sans ajustement.
CVB : Flexibilité au VIB-UA : pas de chrono, absences enfants OK. Les ambitieuses s'en sortent.
RR : À Mayo Clinic (14 ans), bureau diversité/inclusion. Étude salaires : hommes surpayés. Échelles salariales imposées.
RR : Salaires plus liés au poste, mais négociations favorisent les hommes affirmés. Écart persiste.

CVB : Belge (2002), international (2006). Puis bourses doctorales L'Oréal Benelux (3 tous 2 ans, via FWO/FNRS) pour combler le « pipeline qui fuit ».
CVB : Doctorants/postdocs : présentations orales, pas peur. Femmes sous-estiment ; superviseurs pushent. Hommes bluffent, femmes veulent perfection.
CVB : Évaluation anonyme (sans nom/genre). Parité si égalité. Siéger en comités essentiels.
CVB : Non, compensation préjugés. J'ai sélectionné que femmes une fois : invisible.
RR : Trop peu de femmes pour comités ; surcharge administrative freine recherche.
RR : Croyez en vous, fierté sans arrogance. Hommes exagèrent ; femmes réalistes. Prenez risques : « high risk, high reward ». Coaching sur traits, ambition.
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