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Bulle d'eau froide dans l'Atlantique Nord : un ralentissement inattendu de la fonte des glaciers islandais

Une bulle d'eau froide, ou « blob », dans l'océan Atlantique Nord, au sud du Groenland et de l'Islande, freine la fonte des glaciers islandais. L'océanographe Jan Stel explique ce phénomène.

Image : Le lac glaciaire Jökulsárlón au pied du glacier Vatnajökull. Environ dix pour cent de l'Islande est couverte de glaciers. © Wikipédia, Kenny Muir.

Il y a une dizaine d'années, la première bulle d'eau chaude, surnommée « le blob », est apparue dans le nord-est de l'océan Pacifique. Ces vagues de chaleur océaniques perturbent la vie marine : en 2014-2015, une telle anomalie a causé la mort de loutres en Alaska et d'otaries en Californie, tout en affectant les pêcheries nord-américaines.

Comme une vague de chaleur atmosphérique, ces événements océaniques sont bien définis, avec un début et une fin clairs. Ils correspondent à un écart significatif par rapport à la moyenne pluriannuelle (sur au moins 30 ans). Ces « blobs » se multiplient dans les océans.

Islande et Groenland

Les Vikings ont colonisé l'Islande et le Groenland durant la période médiévale chaude (800-1300), facilitée par un réchauffement régional, comme le confirment les recherches historiques et scientifiques modernes.

Le tourisme de croisière reprend post-Covid. Des voyages vers l'Islande et le Groenland permettent d'observer la fonte glaciaire. Pourtant, une bulle d'eau froide inédite dans l'Atlantique Nord offre un répit : elle ralentira la fonte des glaciers islandais pour les 30 prochaines années.

Cela contraste avec l'amplification arctique, où le réchauffement est quatre fois plus rapide qu'à la moyenne mondiale.

L'Islande, pays des glaciers et volcans

Environ 10 % de l'Islande (11 000 km²) est glacée, couvrant 3 400 km de glace terrestre. Sa fonte totale élèverait le niveau marin de 9 mm. La glace a culminé fin XIXe siècle (Petit Âge glaciaire) avant de reculer, accélérée par le réchauffement anthropique et les éruptions volcaniques comme Laki (1783) ou Eyjafjallajökull (2010).

Ces volcans réduisent l'albédo glaciaire via les cendres, favorisant la fusion.

Amplification arctique

Dès les années 1990, les glaciers islandais fondent plus vite en raison de l'amplification arctique (facteur 4). La perte de banquise expose l'océan sombre, absorbant plus de chaleur (effet albédo). Cela crée un cercle vicieux, aggravé par le dégel du pergélisol libérant du méthane.

La tache bleue froide

Les satellites NASA révèlent une anomalie froide (« tache bleue ») au sud du Groenland et de l'Islande (voir image).

Bulle d eau froide dans l Atlantique Nord : un ralentissement inattendu de la fonte des glaciers islandais

Carte des températures de surface mondiales NASA montrant la tache bleue froide. © Institut Goddard de la NASA.

Possiblement liée au ralentissement de l'AMOC (circulation méridienne atlantique), cette bulle a refroidi l'eau de 1,4 °C en 2015. Elle a ralenti la fonte islandaise : de 11 à 5 milliards de tonnes/an depuis 2011, contrairement au Groenland ou Spitzberg.

Les modèles prévoient sa disparition vers 2050. D'ici 2100, un tiers de la glace islandaise aura fondu ; d'ici 2300, plus de glaciers.

Bulle d eau froide dans l Atlantique Nord : un ralentissement inattendu de la fonte des glaciers islandais []