Les femmes travaillant de nuit présentent un risque accru de cancer du sein. La lumière artificielle pourrait en être responsable, comme chez les oiseaux où elle perturbe le système hormonal.

Les femmes travaillant de nuit sont plus susceptibles de développer un cancer du sein. La lumière artificielle joue peut-être un rôle clé, perturbant déjà le système hormonal des oiseaux.
Bientôt, ils réapparaîtront dans les arbres sous votre fenêtre : les oiseaux chanteurs surexcités qui gazouillent avant l'aube. Des recherches récentes de l'Institut Max Planck d'ornithologie indiquent que nous en sommes largement responsables.
Le biologiste de la conservation Davide Dominoni et ses collègues ont placé vingt merles mâles dans des cages sombres éclairées artificiellement. Un groupe suivait le rythme naturel jour-nuit des forêts, avec des nuits presque noires. L'autre subissait une illumination nocturne équivalente à celle mesurée chez les oiseaux urbains.
Après quelques semaines, les merles exposés à la lumière nocturne chantaient jusqu'à une heure et demie plus tôt. Au lieu de prolonger leur repos, ils se réveillaient et gazouillaient dès qu'il faisait clair.
Non seulement ils se levaient plus tôt, mais leurs hormones étaient profondément altérées : la testostérone culminait plus précocement, et les testicules internes grossissaient 26 jours plus tôt en moyenne.
Mélatonine
Le mécanisme exact reste à élucider, mais la mélatonine est le principal suspect. Cette hormone régule la reproduction saisonnière des oiseaux en fonction de la durée du jour.
La lumière affecte-t-elle le comportement des oiseaux ? Davide Dominoni explique ses recherches.
Chez l'humain, la mélatonine joue aussi un rôle crucial. L'éclairage public nous impacte : 40 minutes sous une ampoule divisent par deux son taux sanguin, et même la pleine lune le réduit.
Les cellules ganglionnaires des yeux, sensibles à la lumière, signalent aux noyaux suprachiasmatiques de l'hypothalamus, stimulant la glande pinéale à produire de la mélatonine. Celle-ci régule notre rythme circadien et le métabolisme.
Poulets et hôtesses de l'air
Chez les poulets en cages continuellement éclairées, la viande est plus grasse. Chez l'humain, des expositions prolongées à la lumière artificielle sont éthiquement difficiles à tester.
Les troubles du sommeil perturbent le métabolisme. Chez les patients cardiaques, un faible taux nocturne de mélatonine ralentit la dégradation de la norépinéphrine, favorisant l'accumulation de LDL.
Des études longitudinales sur infirmières et hôtesses de l'air montrent un risque accru de cancer du sein lié aux horaires irréguliers, bien que la cause précise (lumière, mélatonine ou autre) reste débattue.
Lien avec le cancer du sein ?
Des pays comme le Danemark indemnisent les anciennes travailleuses de nuit atteintes de cancer du sein, malgré un lien corrélatif non causal prouvé.
Une baisse de mélatonine perturberait l'équilibre hormonal, boostant les œstrogènes liés au cancer. Une étude a implanté des cellules cancéreuses humaines chez des rats, injectant du sang humain prélevé à différents moments. Le sang nocturne sombre inhibait les tumeurs ; l'ajout de mélatonine reproduisait cet effet.
Éteindre toutes les lumières la nuit n'est pas idéal non plus. Optez pour des rideaux occultants et un sommeil régulier. Réduire l'éclairage nocturne bénéficie à notre santé, celle des oiseaux, nos portefeuilles et le climat.
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