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Commerce réglementé des espèces menacées : 40 ans de CITES et ses limites

Le commerce des espèces menacées est encadré par la CITES depuis 40 ans. Cependant, cette convention internationale se heurte à des défis persistants.

Commerce réglementé des espèces menacées : 40 ans de CITES et ses limites

La fourrure de la vigogne, le plus petit camélidé, brille sous le soleil andin. Les Incas la rasaient déjà pour sa laine précieuse, tout comme les conquistadors espagnols. Cette laine, cinq fois plus chère que le cachemire (une écharpe coûte 1 000 euros), a décimé les populations : en 1960, il ne restait que 6 000 vigognes.

Dans un monde globalisé, le commerce ignore souvent la durabilité. Les passionnés d'oiseaux collectionnaient perroquets et perruches comme objets jetables, ignorant leur origine. La chasse et la destruction des habitats ont conduit à l'extinction de plusieurs espèces à l'état sauvage, comme l'ara de Spix au Brésil, bien que survivant en captivité.

La Belgique a célébré les 30 ans de sa ratification de la CITES en 1984, sous pression des associations environnementales. Son passé colonial et ses liens avec l'Afrique centrale en faisaient un hub pour l'ivoire : en 1981, 250 000 kg ont transité, équivalent à 20 161 éléphants. Deux mois avant l'entrée en vigueur, le WWF a découvert 27 tamarins-lions à tête dorée (10 % de la population mondiale) chez un commerçant de Westerlo. La plupart ont été rapatriés au Brésil ; huit sont au zoo d'Anvers, gardiens du studbook de l'espèce.

Le fonctionnement de la CITES
Dès les années 1960-1970, des traités émergent pour protéger la faune et la flore. Fondée en 1973, la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) classe les espèces en trois annexes : I (interdiction totale), II (commerce réglementé) et III (surveillance). Près de tous les pays y adhèrent. Au-delà des pandas et éléphants, 5 600 animaux et 30 000 plantes sont listés, comme le Prunus africana (écorce médicinale, quotas au Cameroun : 634 763 kg).

La douane joue un rôle clé. Des saisies spectaculaires, comme 14 colibris cousus dans un slip en 2011, révèlent des réseaux. Les trafiquants usent de faux documents, caches ingénieuses (ivoire dans horloges), enfants ou statuts diplomatiques.

Destruction d'ivoire

En 2013, 41 tonnes d'ivoire saisies mondialement. En Belgique, 500 kg en stock seront détruits le 9 avril 2014, avant des consultations européennes. La ministre Laurette Onkelinx (PS) insiste : "Le braconnage est un fléau à éradiquer ; les saisies ne seront jamais régularisées." EU-Twix (2004) et CITES Airport News facilitent les échanges d'informations.

Élevage durable
Succès mitigés : le lambi des Caraïbes (Strombus gigas, Annexe II depuis 1992) souffre de surpêche malgré quotas. Pour le caviar, l'aquaculture (en Belgique et Pays-Bas) réduit la pression sur les esturgeons sauvages. Mais risques d'évasion, hybrides et fraudes persistent (faux documents).

Critiques de la CITES : paperasse lourde, contrôles inégaux (faibles en interne ou pays en développement). Formations comme l'opération Gapin (2011) aident. La vigogne incarne le succès : d'Annexe I (1975) à II, population à 350 000 en 2008, laine durable commercialisée.

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