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Collections biologiques : accélèrent-elles l'extinction des espèces rares ? Un débat scientifique passionné

Des chercheurs américains affirment que la collecte zélée de spécimens biologiques contribue à la disparition d'espèces menacées. « Nonsense », répliquent les experts : « Ces collections sont inestimables pour la science et aident à sauver des espèces de l'extinction. »

Collections biologiques : accélèrent-elles l extinction des espèces rares ? Un débat scientifique passionné

Quatre chercheurs américains publient dans la revue Science une tribune accusant la collecte scientifique de favoriser l'extinction de certaines espèces rares. Plus de soixante institutions de recherche rétorquent : « Faux ! Les collections sont essentielles pour la science et peuvent même prévenir l'extinction. »

Ben Minteer, de l'Arizona State University, et trois collègues ont suscité un vif débat en avril en publiant dans Science que la collecte de faune et de flore accélère l'extinction d'espèces rares. Ils citent l'exemple historique du grand pingouin (Pinguinus impennis), dont la disparition est due à la chasse excessive, mais aussi à des scientifiques trop empressés à enrichir leurs collections. Selon eux, malgré les alternatives non létales comme la photographie haute résolution ou l'enregistrement sonore, la pratique persiste.

« Ces affirmations sont erronées », déclare Erik Verheyen, biologiste à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB), qui abrite 37 millions de spécimens, dont certains datent du XVIIIe siècle. « L'ère de la collecte non ciblée est révolue. Elle est aujourd'hui strictement réglementée. »

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Selon Verheyen, l'article sous-estime l'importance scientifique des collections et surestime leur impact négatif sur les populations sauvages. « Les experts ne collectent pas inutilement. Les rares « grands collectionneurs » ne sont pas représentatifs. Les exemples cités sont faux : la plupart des squelettes de grands pingouins proviennent de collectes post-extinction, alors que des millions ont été tués pour la nourriture et les plumes sur des millénaires. »

Cet article de Science discrédite injustement des scientifiques et institutions internationales. « Au contraire, les collections historiques et modernes permettent de surveiller les espèces. On ne protège pas ce qu'on ne connaît pas », insiste Verheyen. Son équipe a ainsi identifié une nouvelle antilope d'Afrique de l'Ouest (Philantomba walteri), menacée par la chasse, grâce à des collections.

Photos et MP3 insuffisants

Les spécimens collectés informent sur l'environnement (polluants, parasites, changements climatiques), l'alimentation ou la démographie. Thierry Backeljau (IRSNB, mollusques) souligne que les alternatives non invasives comme les images ou enregistrements sont limitées. « Décrire une espèce sur des spécimens vivants empêche les analyses ultérieures », ajoute Zoltán Nagy.

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Aujourd'hui, les anciennes collections sont analysées avec des techniques modernes : tomodensitométrie, analyses isotopiques, séquençage ADN. Ces méthodes révèlent des données cruciales sur le climat ou les pathogènes. « Elles rendent les collections encore plus précieuses, y compris pour la santé publique », note Verheyen.

Les collections servent la recherche mondiale via des bases comme GBIF, iDigBio ou DarWIN, évitant les doublons. « Avant toute expédition, nous consultons les collections existantes », conclut Verheyen.


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