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L'ours polaire sans banquise : peut-il s'adapter au réchauffement climatique ?

L'ours polaire incarne le paysage arctique en péril, mais cela ne condamne pas l'espèce à l'extinction. L'animal démontre une capacité d'adaptation remarquable. La question clé : les humains lui en laisseront-ils l'opportunité ?

L ours polaire sans banquise : peut-il s adapter au réchauffement climatique ?

La fonte accélérée de la glace arctique met l'ours polaire à l'épreuve. Chaque année, la banquise arctique diminue un peu plus. Selon Walt Meier, chercheur à la Nasa spécialisé dans la cryosphère (neiges, permafrost, banquise et glaciers), la tendance est claire : une perte de 14 % par décennie pour la glace estivale depuis la fin des années 1970.

En 2012, l'étendue minimale a atteint 3,41 millions de km². L'hiver suivant, elle s'est remise à 5,10 millions de km², mais à long terme, le recul persiste. Autrefois, la banquise couvrait l'équivalent de 48 États américains ; aujourd'hui, elle s'arrête à mi-chemin entre la côte Ouest et New York, métaphoriquement parlant. Depuis 2000, les minima annuels sont inférieurs à la moyenne 1979-2000, et la glace s'amincit, fondant plus vite. Outre les variations naturelles, le réchauffement climatique est le principal responsable.

La vie terrestre est rude pour l'ours polaire.

Quand le pôle Nord sera-t-il libre de glace ? Les prévisions varient. Plus pertinent : les espèces dépendantes de la banquise, comme l'ours polaire – symbole du changement climatique –, s'adapteront-elles ? Ou deviendra-t-il, comme son nom latin Ursus maritimus l'évoque, une simple "otarie à fourrure" ?

Jeûne forcé sur le continent
L'ours polaire chasse principalement le phoque annelé à la lisière glace-océan. Il guette des heures, puis frappe quand le phoque respire. La graisse du phoque, hypercalorique, lui permet de survivre deux semaines. Il laisse le reste aux jeunes ou aux renards arctiques.

L ours polaire sans banquise : peut-il s adapter au réchauffement climatique ?

▲ Une famille d'ours polaires chasse œufs et oisillons de goéland. Les parents survolent, indignés.

En été, la moitié de la banquise fond. Les ours migrent nord avec la glace ou nagent vers les îles/continents. Sur terre, ils jeûnent sur leurs réserves printanières, se nourrissant d'œufs, baies ou déchets. La fonte précoce allonge ce jeûne, pénalisant les plus faibles, surtout les jeunes.

Maarten Loonen, professeur d'écologie arctique à l'Université de Groningue et directeur de la station polaire néerlandaise au Svalbard, observe une hausse des ours sur terre depuis 27 ans. Protégés, ils s'approchent plus des humains. Au Svalbard, les rencontres sont quotidiennes en été.

L ours polaire sans banquise : peut-il s adapter au réchauffement climatique ?

▲ Avec la fonte, les ours débarquent plus souvent. Probabilité de rencontre au Svalbard ouest en été (source : Jouke Prop, Univ. Groningue).

Sur terre, la chasse est inefficace : trop lents face aux proies. Autrefois, carcasses de baleines duraient des années ; la chasse humaine les a rares.

Manger plus varié
L'extinction est prématurée, selon Loonen. Les animaux s'adaptent vite. Des études de l'American Museum of Natural History (2013) montrent des ours chassant oies des neiges, caribous et œufs. Linda Gormezano note : "Ces changements comportementaux rapides suggèrent une flexibilité pour survivre sans altérer la génétique."

L ours polaire sans banquise : peut-il s adapter au réchauffement climatique ?

Toundra-bus à Churchill
À Churchill, "capitale mondiale de l'ours polaire" (baie d'Hudson, Canada), les ours attendent l'hiver en automne. Touristes en bus-toundra les observent ; les intrus vont en "prison des ours" jusqu'aux glaces. Leur nombre croît avec la fonte tardive. Population locale : de 1 200 (1980s) à <1 000 aujourd'hui ; période sans glace +3 semaines. Oursons : survie de 65 % (1990) à 43 % (2004).

L ours polaire sans banquise : peut-il s adapter au réchauffement climatique ?

Rencontres croissantes avec grizzlis au Canada. Hybrides "pizzly" observés. Loonen : "Spécialisés différemment, ils préfèrent leur espèce, mais l'hybridation est possible."

Le vrai défi : l'expansion humaine bloque l'adaptation terrestre. Loonen conclut : "L'ours peut s'adapter, si nous le permettons."

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