L'attraction chez les papillons de nuit passe souvent par l'odorat. Les femelles attirent les mâles grâce à des phéromones. Cependant, toutes n'émettent pas la même odeur irrésistible. Les femelles moins attractives parviennent néanmoins à se reproduire en se positionnant près de congénères plus séduisantes, selon une étude présentée par des chercheurs néerlandais et américains à la conférence de la Société européenne de biologie évolutive.
Les scientifiques ont étudié la teigne du tabac (Ephestia elutella), un ravageur courant aux États-Unis. Certaines femelles semblent incapables d'attirer un mâle. Logiquement, on s'attendrait à ce qu'elles disparaissent de la population faute de descendance.
En laboratoire, les chercheurs ont élevé plusieurs générations de mites, sélectionnant les femelles les plus et les moins attractives, créant ainsi deux lignées distinctes : les "irrésistibles" et les "giroflées" (moins attractives). Ils ont ensuite formé des duos de femelles et introduit un mâle.
Un duo de femelles attractives attirait systématiquement le mâle, tandis qu'un duo de moins attractives échouait. En revanche, dans un duo mixte, la femelle moins attractive s'accouplait dans 17 % des cas. Le mâle, guidé par l'odeur, semble avoir du mal à cibler précisément la source.
Il reste à confirmer si ce comportement se produit en milieu naturel, mais cela semble probable, explique Astrid Groot de l'Université d'Amsterdam, responsable de l'étude. "Dans une expérience en cage avec des plantes, les femelles se regroupaient davantage lorsqu'elles cherchaient à attirer les mâles, vérifié toutes les demi-heures."
Cette stratégie explique la persistance des femelles moins attractives dans la population. Pourquoi les attractives tolèrent-elles cela ? Elles en bénéficient aussi : leurs chances de copulation augmentent en présence d'une congénère moins attractive plutôt qu'avec une rivale.