Il y a une vingtaine d'années, j'ai été accueilli avec le mot 'Bula' à l'aéroport de Suva, aux Fidji. À la demande de la Commission océanographique intergouvernementale de l'UNESCO, je m'y suis rendu pour un tour du monde visant à créer un centre régional pour le Système mondial d'observation des océans (GOOS), alors en développement.
Ce voyage épuisant avait pour objectif de mettre en place un système d'observation couvrant les océans, qui représentent plus de 70 % de la surface terrestre et régulent le climat. Initialement régional, il incluait le vaste océan Pacifique.
J'étais arrivé plus tôt et avais visité le musée des Fidji dans le jardin botanique de Thurston. Installé dans un charmant bâtiment en bois, il abrite une belle collection, dont une section impressionnante sur le cannibalisme avec des fourchettes sculptées et des marmites suggestives. Abel Tasman, explorateur néerlandais, y débarqua en 1643. J'ai acquis quelques fourchettes souvenirs, toujours accrochées – inutilisées – dans mon bureau. Cette réunion a donné naissance au Pacific Island GOOS.

La Conférence des Parties (COP) réunit annuellement les 195 pays signataires et l'Union européenne de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), généralement de fin novembre à début décembre. Ce traité de 1992 vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour contrer le réchauffement.
Les délégations ont rapidement grossi : 4 000 participants à Berlin en 1995, 11 000 à Bali (COP 13), 26 000 à Copenhague (COP 15) et 36 000 à Paris (COP 21), qui accoucha de l'Accord de Paris limitant le réchauffement à 2 °C, idéalement 1,5 °C. Ratifié en 2016, il prévoit 100 milliards d'euros annuels pour les pays en développement, les plus vulnérables.
Après Marrakech, Bonn (COP 23) attire 23-25 000 participants, majoritairement ONG, entreprises et lobbies. Pour la première fois, les Fidji président via leur Premier ministre Frank Bainimarama, bien que la réunion se tienne à Bonn, siège du secrétariat CCNUCC. Suva, capitale d'un archipel de 332 îles, n'aurait pas pu accueillir une telle foule.

Les Fidji, menacées comme Vanuatu ou Tuvalu, subissent déjà cyclones et inondations. Un rapport de la Banque mondiale indique 25 000 personnes plongées dans la pauvreté annuellement ; 32 000 d'ici 2050. Le cyclone Winston (2016), l'un des plus violents, causa 800 millions d'euros de dégâts, 20 % du PIB. Les ouragans s'intensifient, comme Ophelia en Europe.
Les Fidji nécessitent 4 milliards d'euros sur 10 ans pour s'adapter, malgré les promesses de Paris. Kiribati achète déjà des terres aux Fidji pour ses réfugiés climatiques.
L'océan pilote le climat via la circulation thermohaline, un 'tapis roulant' millénaire. À l'échelle géologique, les changements océaniques s'étendent sur des millions d'années. Nos activités post-révolution industrielle accélèrent une crise en décennies.
Souvent négligé, le rôle océanique émerge depuis Paris. Les Contributions déterminées au niveau national (CDN) intègrent l'océan dans 70 % des cas, surtout côtiers (érosion, élévation marine). Natalya Gallo (Scripps) note l'omission d'acidification ou réchauffement profond. 14 pays côtiers majeurs l'ignorent.
À Bonn, l'Ocean Pathway Partnership naît pour 2020. Programmes comme Ocean Literacy sensibilisent.
Antonio Guterres qualifie le climat de 'menace majeure'. Complexe, il transcende les clivages. La surpopulation (Eileen Crist, Science 2017) urge une économie circulaire, comme le 'donut' de Kate Raworth.
Sous Trump, les États-Unis reculent ; Bonn vit un panel pro-charbon déserté. Initiatives locales compensent. Climate Change Performance Index 2018 : Suède 4e, Belgique 32e, Pays-Bas 34e, USA 56e.
Les Pays-Bas investissent dans l'adaptation via un centre Rotterdam-Groningue. COP 23, durable, reste modeste. James Hansen plaide le nucléaire. Les CDN insuffisantes mènent à +3 °C.
COP 24 à Katowice abordera les fossiles. 'Vei lomani', consensus fidjien par acclamation, guidera.
Indice de performance climatique 2018


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