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Trou dans la couche d'ozone : faut-il encore s'inquiéter aujourd'hui ?

En 1987, un groupe de scientifiques internationaux a rédigé le Protocole de Montréal relatif aux substances appauvrissant la couche d'ozone, entré en vigueur dans 197 pays. Les chlorofluorocarbures (CFC), utilisés dans l'industrie et les produits de consommation comme la laque pour cheveux, ont été les premiers gaz interdits.

« Trois décennies de cheveux moins volumineux plus tard, le monde semble avoir oublié que la couche d'ozone dans la stratosphère s'amincit et qu'un trou annuel se forme au-dessus de l'Antarctique. »

Trois décennies plus tard, d'autres enjeux environnementaux comme le réchauffement climatique, la disparition des récifs coralliens et l'extinction d'espèces ont éclipsé ce problème. Pourtant, la Convention de Vienne pour la protection de la couche d'ozone, soutenue par le Protocole de Montréal, porte ses fruits. La couche d'ozone se rétablira-t-elle complètement d'ici cinquante ans ? Pas si simple...

« Le Protocole de Montréal a sauvé la couche d'ozone », déclare David Fahey, directeur de la Division des sciences chimiques de la NOAA et coprésident du Comité d'examen scientifique du Protocole. « Mais nous devons rester vigilants. Vous ne pouvez pas laisser le problème de l'ozone s'auto-réguler en espérant que le monde prenne les bonnes décisions. Nous continuerons à le surveiller. »

« La couche d'ozone pourrait s'amincir à nouveau, ou simplement s'épaissir de manière inquiétante. »

La reconstitution de la couche d'ozone reste un calcul prospectif, non un fait acquis. Les substances les plus dangereuses sont contrôlées, mais de nouvelles émergent. De plus, le sort de la couche d'ozone est étroitement lié aux émissions de gaz à effet de serre et au réchauffement climatique. Cela pourrait créer une dichotomie imprévisible : amincissement ou épaississement excessif, impactant notre santé et notre bien-être en modifiant l'exposition aux UV.

Comment tout a commencé

Les scientifiques s'inquiètent de la couche d'ozone depuis 1974. Cette année-là, des professeurs de l'Université de Californie à Irvine ont démontré que les CFC détruisaient l'ozone stratosphérique. Des débats houleux ont suivi : un rapport de l'American Chemical Society notait des désaccords entre scientifiques et fabricants. Les chimistes prévoyaient une baisse de 13 % d'ici 2000, avec 80 000 cas supplémentaires de cancer de la peau aux États-Unis ; DuPont, leader des CFC, minimisait à 0,05 %.

Les preuves étaient irréfutables. Fin des années 1970, la plupart des pays interdisent les CFC dans les aérosols et restreignent l'industrie. En 1985, des scientifiques britanniques découvrent le trou au-dessus de l'Antarctique, menant à la Convention de Vienne. En 1987, le Protocole de Montréal fixe des objectifs de réduction des CFC.

Trou dans la couche d ozone : faut-il encore s inquiéter aujourd hui ?
« Les HCFC étaient vendus comme respectueux de la couche d'ozone, alors qu'ils ne l'étaient pas du tout. »

De nouveaux gaz ont émergé : les HCFC ont remplacé les CFC, présentés comme inoffensifs. Le Protocole les a vite inclus, avec halons, bromure de méthyle, tétrachlorure de carbone et autres. Les HFC, successeurs populaires, aggravent l'effet de serre et réchauffent la stratosphère, accélérant la destruction d'ozone. Leur part pourrait atteindre 20 % de celle du CO2 d'ici 2050. En 2016, un amendement réduit leur usage de 80 % sur 30 ans. « Un grand pas », selon Steve Montzka de la NOAA.

Trou dans la couche d ozone : faut-il encore s inquiéter aujourd hui ?

Les efforts paient : en 2014, les niveaux maximaux d'ODS ont baissé de 10-15 %, l'ozone augmentant dans la haute stratosphère. « Nous attendions ces signes », note Susan Strahan de l'Universities Space Research Association. Si tout va bien, les niveaux globaux reviendront à ceux des années 1980 d'ici 2050.

Mais de nouveaux risques guettent.

De nouveaux produits chimiques en embuscade

Les innovations chimiques complexes impactent la régénération. Les composés bromés, libérés par les océans réchauffés, menacent l'ozone. « Le brome est très mauvais pour l'ozone », avertit Strahan.

Le dichlorométhane, répandu en Asie du Sud, grimpe de 60 % dans l'atmosphère. Volatil, il atteint vite la stratosphère via les courants équatoriaux.

« Près de l'équateur, un chemin ascendant mène la plupart des chimiques à la stratosphère. »

L'oxyde nitreux (N2O), « substance appauvrissant dominante du 21e siècle », reste incontrôlé. « C'est le dernier debout », dit Fahey. Ironie : le réchauffement atténue son effet ; sa réduction aggraverait le problème. De nombreux ODS contribuent aussi au climat : le Protocole a évité l'équivalent de 170 millions de tonnes de CO2 aux États-Unis.

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Trop de récupération n'est pas bon

Le réchauffement refroidit la haute stratosphère, favorisant l'ozone (« super-récupération »), mais un épaississement excessif bloquerait les UV essentiels à la vie. Le trou antarctique fluctue : en 2017, météo clémente le réduit à 19,7 millions km², plus petit depuis 1988.

« Le trou d'ozone était à son plus petit depuis 1988, à 19,7 millions km² le 11 septembre 2017. »

La couche protectrice n'est pas encore guérie. Les experts du Protocole veillent. « Comme une équipe SWAT, nous anticipons les problèmes », conclut Fahey.

Traduction : Anneleen Huyzentruyt

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