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Marchés du carbone : de Kyoto à la COP26, principes et perspectives expliqués

Le carbone est au cœur des débats actuels sur le climat. Bien que pas encore pleinement opérationnel à l'échelle mondiale, un système international d'échange d'émissions de carbone émerge suite aux accords de la COP26. Ce mécanisme permet de négocier des réductions d'empreinte carbone, répondant à l'urgence climatique et à la sensibilisation croissante. Il offre aux industries et gouvernements un outil essentiel pour accélérer la transition écologique.

"De nombreuses entreprises sont motivées", déclarait Kelley Kizzier, vice-présidente pour le climat mondial chez Environmental Defense Fund (EDF), lors d'un point presse récent. "Elles subissent une pression accrue de leurs clients pour adopter des objectifs climatiques ambitieux. C'est l'une des avancées majeures de ces dernières années."

Depuis des décennies, diverses politiques incitent entreprises et pays à réduire leurs émissions. Parmi les plus efficaces figurent les marchés du carbone, ou systèmes de "plafonnement et échange". Dès 1990, les États-Unis ont appliqué ce principe pour réguler les émissions de dioxyde de soufre des centrales électriques. L'Union européenne a lancé le premier grand marché en 2005 avec l'EU Emissions Trading System (EU ETS). Le Protocole de Kyoto, en 1997, a posé les bases d'un marché international impliquant 36 pays et l'UE à partir de 2008, mais il a pris fin en 2012 (première période d'engagement), avec une extension limitée jusqu'en 2020 via l'amendement de Doha, marquée par des débats et inefficacités. Les États-Unis n'y ont pas adhéré, l'UE a ajusté son approche en 2012, et des manipulations par des pays comme la Russie et l'Ukraine ont révélé des faiblesses, augmentant paradoxalement les émissions via des crédits de faible qualité.

La COP26 marque un tournant : un marché carbone mondialisé devient réalité. À Glasgow, un compromis a été trouvé pour intégrer ces échanges dans l'Accord de Paris. Voici comment cela fonctionne.

Que sont les marchés du carbone ?

Les marchés du carbone reposent sur le principe du plafonnement et échange. Comme tout marché, ils équilibrent offre et demande, mais appliqués aux quotas d'émissions (crédits carbone). Pays, entreprises ou entités gouvernementales participent selon les règles. Dans l'EU ETS, des quotas sont alloués aux industries, avec possibilité de vente d'excédents.

Chaque acteur dispose d'un plafond d'émissions. Un émetteur efficient (ex. : investissant dans véhicules électriques) génère des surplus vendables à un autre plus lent à décarboner. Même une petite économie peut monétiser ses faibles émissions pour booster sa transition.

Le plafond global diminue progressivement, forçant une réduction collective des émissions. Les revenus financent technologies vertes et adaptations climatiques. Les non-conformes risquent des amendes.

La qualité des crédits varie : les premium sont vérifiables (quantité d'émissions atténuées précise, pas de double comptage, accréditation solide, impacts socio-environnementaux positifs). Les bas de gamme manquent de précision ou de permanence. WWF, Öko-Institut et EDF proposent des critères rigoureux d'évaluation.

Des marchés du carbone existent-ils déjà ? Sont-ils efficaces ?

Plusieurs systèmes fonctionnent déjà. L'EU ETS a évité 1,2 milliard de tonnes de CO2 (environ 4 % des émissions du bloc), selon une étude PNAS de 2020, soit la moitié des réductions promises sous Kyoto malgré des défis.

En Amérique du Nord : la Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI, nord-est US, incluant désormais la Virginie) a réduit les émissions de 35 % depuis 2009. La Western Climate Initiative (WCI, Californie et Québec) affiche une baisse de 5,3 % en quatre ans, classée 4e marché mondial.

La Chine a lancé son ETS national en juillet 2021, ciblant initialement l'électricité.

Ces marchés sont obligatoires (réglementés). Les marchés volontaires, comme celui de la COP26, sont flexibles pour entreprises et pays hors conformité.

À quoi ressemblera le marché du carbone de l'article 6 ?

Après l'échec de Kyoto (article 17), l'Accord de Paris (article 6) vise un cadre robuste. La COP26 a finalisé les règles principales : marché volontaire, ouvert aux entreprises.

Volontaire ne signifie pas faible : il complète les efforts internes (crédits < 50 % des réductions), selon Hugh Sealy, professeur de changement climatique à l'Université des Antilles.

Avantage pour pays en développement : flux de capitaux privés via crédits premium. "Le financement public est insuffisant ; tous les outils sont nécessaires", note Kizzier (EDF).

Améliorations vs Kyoto : limitation des crédits anciens, interdiction double comptage. Détails (tarification, qualité) à affiner par les 192 signataires. Sealy prévoit une mise en œuvre rapide, contrairement aux 8 ans de Kyoto.


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