Le 19 septembre 2021, le volcan Cumbre Vieja, aux îles Canaries, a entamé une éruption explosive qui persiste sans signe de ralentissement imminent. Une série de tremblements de terre n'a offert qu'une semaine d'avertissement avant cette catastrophe, forçant l'évacuation de 6 400 habitants et détruisant plus de 450 millions de dollars d'infrastructures.
Une analyse préliminaire des données sismiques indique toutefois que les perturbations précédant l'éruption étaient détectables dès quatre ans auparavant. Comprendre la réactivation de ce volcan, endormi depuis 50 ans, pourrait améliorer les prévisions d'éruptions futures et les évaluations des risques, explique Marc-Antoine Longpré, volcanologue au Queens College de New York. Ses résultats, publiés le 2 décembre dans Science, soulignent l'importance de cette étude.
"C'est précisément pour cela que nous l'examinons : afin qu'à l'avenir, lors d'une nouvelle réactivation, nous soyons mieux préparés à anticiper les événements et leur chronologie", déclare-t-il.
Les scientifiques surveillent habituellement les signaux sismiques sur des volcans actifs comme le Kīlauea à Hawaï ou l'Etna en Sicile, pour corréler les intervalles éruptifs et les phases de réactivation. Cela s'avère plus complexe pour les volcans dormants de longue date, comme Cumbre Vieja sur l'île de La Palma, dans l'Atlantique. Bien qu'il soit le plus actif des Canaries, il n'a érupé que six fois en 500 ans.
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Depuis l'éruption de 1971, l'Instituto Geográfico Nacional et l'Instituto Volcanológico de Canarias ont déployé des réseaux sismiques modernes pour monitorer Cumbre Vieja et d'autres sites. "C'est la première réactivation observée avec une instrumentation contemporaine", note Longpré.
En analysant les données mensuelles depuis 2000, il observe une activité quasi nulle jusqu'à un essaim sismique en octobre 2017, suivi d'un autre en février 2018. Après une pause, les essaims reprennent en 2020-2021. Ces séismes, trop faibles pour être ressentis en surface, marquaient les premiers signes de préparation éruptive, selon l'expert.
Ce réveil lent tranche avec les phases courtes typiques des volcans basaltiques. D'autres volcans à repos prolongé pourraient présenter des signaux d'avertissement similaires et discrets.
"Chaque volcan a sa personnalité ; la prochaine fois, il pourrait varier légèrement", tempère Longpré. "Mais nous disposons désormais d'un précédent."
Ces micro-séismes résultaient de l'intrusion de magma fracturant les roches à plusieurs kilomètres de profondeur. Huit jours avant l'éruption, l'activité s'accélère : séismes quotidiens à plusieurs centaines, perceptibles en surface, migrant vers le nord-ouest, avec gonflement du sol signalant un magma peu profond.
Finalement, deux fissures de 200 mètres s'ouvrent près d'El Paraíso, éjectant lave et cendres.
Sur six semaines, les coulées dévastent 2 600 bâtiments, 70 km de routes et 2,3 km² de cultures. Les cendres montent à 6 km d'altitude – record pour les Canaries – accumulant jusqu'à 60 cm localement.
Analyses chimiques des roches et données sismiques approfondies révéleront davantage sur cette préparation, aidant chercheurs et autorités pour les futurs événements, prévoit Longpré.
"Prévoir les éruptions reste imprécis", admet-il. "Ces observations sont précieuses, mais les volcans comme Cumbre Vieja pourraient se comporter différemment à l'avenir."
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