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Réseaux fongiques souterrains : un projet mondial ambitieux pour les cartographier et lutter contre le changement climatique

Bien avant l'invention d'Internet ou l'émergence des villes, les champignons formaient déjà le réseau social originel de la planète. Pourtant, les scientifiques manquent encore de données précises sur l'étendue de ces réseaux en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde. La Société pour la Protection des Réseaux Souterrains (SPUN), une organisation à but non lucratif, lance le premier projet d'envergure pour cartographier le réseau fongique mondial.

Les champignons ne se limitent pas à des organismes isolés : ils tissent de vastes réseaux souterrains, parfois aussi étendus qu'un parc national. Ces structures jouent des rôles essentiels : elles facilitent la communication entre arbres sur les menaces comme les infestations d'insectes, servent d'autoroutes pour les nutriments et enrichissent les sols pour favoriser la croissance des plantes.

L'un de leurs atouts majeurs est le stockage du carbone : ces réseaux absorbent au moins 5 milliards de tonnes par an, constituant un puiss de carbone sous-estimé. Les champignons ectomycorhiziens, associés aux racines des arbres, accélèrent cette absorption.

Cependant, la pollution, l'urbanisation et l'expansion agricole menacent ces forêts ectomycorhiziennes. Selon SPUN, une cartographie complète révélera les flux de nutriments et identifiera les zones à fort potentiel de stockage carbone.

"Nous comptons énormément sur les forêts pour stocker le carbone", explique Michael Beug, professeur émérite de mycologie à l'Evergreen State College (non impliqué dans SPUN). Il insiste sur l'interdépendance entre forêts et réseaux fongiques : "C'est un projet commun où les deux sont indispensables."

Financé par le milliardaire Jeremy Grantham à hauteur de 3,5 millions de dollars, le projet SPUN souligne : "Juste sous nos pieds, un allié précieux contre le changement climatique : des réseaux fongiques cachés transportant des milliards de tonnes de CO2 des plantes vers les sols. Ces puits de carbone restent méconnus."

SPUN débutera avec 10 000 échantillons de la base GlobalFungi, utilisant l'apprentissage automatique pour modéliser la biodiversité fongique mondiale. Sur 18 mois à partir d'avril 2022, 10 000 échantillons supplémentaires seront collectés pour repérer les points chauds de carbone, comme les hautes terres de Patagonie, le désert du Néguev ou la toundra canadienne.

Michael Beug se félicite de cette initiative protectrice : les champignons sauvegardent les forêts et la planète. Il espère aussi que la carte révélera de nombreux champignons inconnus – peut-être seulement 10 % sont nommés à ce jour.


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