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Êtes-vous surtraité?

Les tests de dépistage et les traitements sont utiles pour déceler et résoudre divers problèmes médicaux, mais il arrive qu’ils fassent plus de mal que de bien.

Les tests de dépistage du cancer ne protègent pas autant qu’on le pense habituellement. En fait, des chercheurs croient plutôt qu’on en abuse.

«En conséquence des tests de dépistage du cancer, des dizaines de milliers de personnes qui n’auraient jamais été malades reçoivent un diagnostic de cancer, de dire  H. Gilbert Welch, MD, co-directeur du Outcomes Group au Veterans Affairs Medical Center de White River Junction (Vermont, É.-U.), et expert réputé dans le dépistage du cancer «Une fois le diagnostic établi, pratiquement tout le monde est traité, bien que nous sachions que le traitement puisse être nocif.» Ainsi, le tamoxifène, auquel on a recours pour soigner le cancer du sein, peut provoquer la formation de dangereux caillots dans les poumons. Quant à l’intervention chirurgicale que l’on pratique pour traiter le cancer de la prostate, elle a pour effet d’empêcher l’érection chez 60% des hommes traités. En outre, certains de ces tests causent eux-mêmes des problèmes: par exemple, sur 1000 personnes qui subissent une coloscopie, cinq connaissent de graves complications, notamment une perforation du colon ou des saignements importants.

La plupart de ceux qui reçoivent un diagnostic de cancer estiment que c’est le prix à payer pour éviter de mourir de cette maladie. «Ce n’est pas aussi simple», explique le docteur Welch. Les tests de dépistage détectent assez bien les tumeurs qui sont inoffensives et ne nous causeraient aucun problème alors qu’ils ne sont guère efficaces pour détecter à temps les cancers les plus fulgurants et les plus mortels.

Passer ou pas un test de dépistage

Vous devriez passer un test de dépistage si:
 

  • Vous avez des antécédents familiaux. Si des proches ont le cancer, votre risque d’en souffrir pourrait être plus élevé que celui de la moyenne. Généralement, quand on parle d’antécédents familiaux, on ne tient compte que des membres de la famille immédiate (mère, père, frère ou sœur, enfant).
  • Vous savez être porteur d’un gène à risque de mutation. Les mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 sont réputés augmenter le risque du cancer du sein et de l’ovaire, tandis que d’autres mutations génétiques sont associées au cancer du colon.
  • Vous avez déjà souffert d’un cancer. Dans ce cas, votre risque de souffrir d’un autre cancer, sans lien avec le premier, est légèrement plus élevé.

Pensez-y à deux fois si :
 

  1. Vous souffrez d’une autre maladie grave. Par exemple, la cardiopathie ou un ACV augmentera vos risques de mourir avant que n’apparaisse les symptômes d’un cancer n’ayant pas été dépisté.
  2. Vous avez moins de 50 ans ou plus de 70 ans. Il existe moins de preuves à l’effet qu’il serait utile de subir un test de dépistage dans la quarantaine, période de la vie où le risque de souffrir du cancer est faible. Et si vous avez plus de 70 ans, les possibles bienfaits d’un traitement précoce pourraient être annulés par les inconvénients résultant d’un traitement, par exemple la douleur et une baisse de la qualité de vie.
  3. Vous avez une constitution fragile. Si vous ne pouvez supporter un traitement, il n’est peut-être pas utile de passer un test de dépistage.  
  4. Vous craignez particulièrement qu’un traitement dont vous pourriez ne pas avoir besoin vous soit nuisible.    

Autres traitements injustifiés

Les tests de dépistage ne sont pas les seules interventions «miraculeuses» dont on fait un usage abusif. Les résultats d’études montrent que les médecins sont un peu trop prompts à faire passer des tests et à prescrire des traitements:

Imagerie médicale. Une bosse sur la tête ne nécessite pas automatiquement de passer un test de tomodensitométrie (communément appelé scan), qui nécessite une forte exposition aux rayons X. De même, les personnes souffrant de symptômes de cardiopathie devraient  être prudents avant de subir un examen de tomodensitométrie cardiaque. Enfin, selon les résultats d’études, les tests d’imagerie par résonance magnétique que l’on fait passer pour le mal de dos s’avèrent souvent inutiles.

Opération du dos. La spondilodèse, qui consiste à fusionner des vertèbres à l’aide d’un greffon osseux ou d’un dispositif métallique, ne semble pas offrir plus de soulagement que les programmes rigoureux de réadaptation, qui sont moins risqués et moins chers. La plupart du temps, la douleur dorsale disparaît d’elle-même.

Interventions cardiaques. On dispose de solides preuves à l’effet que l’angioplastie et la pose d’une endoprothèse vasculaire n’augmentent pas le taux de survie d’une personne souffrant de cardiopathie plus que ne le font les médicaments et les changements qui s’imposent dans le mode de vie, à moins qu’elle soit en pleine crise cardiaque ou vienne d’en subir une.


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