Une fenêtre contextuelle incite à la réflexion avant de publier un message sexuellement transgressif sur un réseau social, limitant ainsi ce type de comportement.
Avant la publication d'un message potentiellement blessant sur un site de réseautage social, un avertissement contextuel peut rappeler aux jeunes que leur contenu touche un large public, a un impact négatif sur la victime ou est désapprouvé par la plupart des témoins. Des systèmes de détection automatique identifient les messages offensants en temps réel, pendant la saisie. Ces mesures de "réflexion à deux fois" ne sont pas seulement souhaitables, mais aussi efficaces, comme le démontrent mes recherches.
Une enquête auprès de 1 015 jeunes Flamands âgés de 11 à 19 ans révèle que près d'un tiers (29,8 %) ont été victimes de comportements sexuellement transgressifs sur les réseaux sociaux au cours des six derniers mois. Par exemple, ils ont reçu des commentaires sexuels non désirés, des demandes explicites ou vu des photos nues d'eux-mêmes diffusées. Ces expériences peuvent être profondément traumatisantes.
Cependant, les jeunes sont aussi souvent auteurs de tels actes. Le contexte en ligne favorise cela : derrière un écran, ils se sentent anonymes et en sécurité, sous-estiment l'impact de leurs actions et oublient le nombre de spectateurs. Cela amplifie l'impulsivité adolescente et les comportements à risque.
Les réseaux sociaux encouragent par ailleurs le partage d'informations personnelles, aggravant le problème.

Les réseaux sociaux contribuent donc au problème. Peuvent-ils aussi en être la solution ? Au-delà de l'éducation à la sécurité en ligne, ils pourraient activement lutter contre ces comportements chez les jeunes, conformément aux directives européennes qui les obligent à protéger leurs utilisateurs mineurs.
Les technologies des médias sociaux permettent de détecter ou supprimer automatiquement du contenu, comme bloquer le téléchargement de photos nues – une mesure plébiscitée par les jeunes. Ils peuvent aussi mieux informer sur la vie privée, les comportements transgressifs ou offrir des outils de contrôle des données (ex. : suppression de contenus publiés par autrui).
Malgré des efforts, les plateformes en font encore trop peu. Les jeunes critiquent le système de signalement, souvent sans suite face à des comportements sexuels non désirés. Notre enquête montre qu'un jeune sur cinq a utilisé cette aide : dans 46 % des cas, rien n'a bougé, et le contenu n'a été supprimé que dans un tiers des situations. Cela frustre les victimes, pour qui le signalement est un dernier recours en cas de perte de contrôle.
Les réseaux sociaux ne doivent pas se limiter à une réaction ; ils peuvent détecter proactivement les abus via la reconnaissance automatique de mots et d'images, aidant les modérateurs.
Dans une étude expérimentale auprès d'adolescents d'environ 15 ans, j'ai montré que des avertissements pop-up avant publication d'un message méchant les font changer d'avis. Ces messages s'affichent seulement si un problème est détecté automatiquement, comme les suggestions sur la force d'un mot de passe.
Ils peuvent indiquer que le message blesse la victime, est vu par un large public ou désapprouvé par les autres.

Avantage clé : ces pop-ups préviennent les transgressions verbales ou visuelles en rappelant l'impact et la visibilité, sans porter atteinte à la liberté d'expression – le choix final reste aux utilisateurs.
Les grands réseaux comme Facebook pourraient hésiter, mais pour les plateformes jeunesse, c'est idéal. Ces messages éduquent dès le plus jeune âge au respect en ligne.
À l'avenir, optimiser la détection évitera les faux positifs sur les taquineries amicales.
Maintenir une expérience positive est prioritaire. Des tests sur un faux réseau social avec pop-ups ont été jugés positifs par les jeunes, surtout en usage limité. À long terme, des alternatives comme des nudges subtils (générant empathie ou normes positives) ou un affichage par défaut de contenus bienveillants sont prometteuses.

Ainsi, nous prévenons émotions négatives et traumatismes liés aux transgressions en ligne, pour un internet plus sûr.
Pour ses recherches sur les pop-ups anti-transgressions en ligne, Kathleen Van Royen (sociologie, UAntwerp) a été nominée pour la Flemish PhD Cup 2018. www.phdcup.be