Les réseaux sociaux amplifient notre inclination naturelle à nous comparer aux autres. Mais dans quelle mesure cela influence-t-il notre bien-être psychologique ?
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Nous avons tous une tendance innée à nous comparer aux autres, en ligne ou hors ligne, consciemment ou non. Cette comparaison nous permet d'évaluer nos accomplissements, compétences, personnalité et émotions, modifiant ainsi notre image de soi.
Son impact sur le bien-être varie selon l'intensité. Se comparer à des personnes en difficulté sur les réseaux sociaux peut booster notre humeur, tandis que se mesurer à ceux qui réussissent mieux génère un sentiment d'infériorité. Le choix de la plateforme et les contextes de crise, comme la pandémie de Covid-19, modulent également cet effet.
Étudiante au doctorat en psychologie, je m'intéresse dans ma thèse aux Incels – ces hommes attribuant leur célibat involontaire au rejet des femmes. La comparaison sociale, centrale chez ces groupes marginaux comme dans la population générale, pèse sur le bien-être à l'ère numérique.
Le degré de comparaison sociale influence la motivation. Une étude de l’Université de la Ruhr à Bochum (Allemagne) identifie un niveau optimal de différence perçue entre soi et l’autre, maximisant les bénéfices.
Si l’on se perçoit largement supérieur, on manque de motivation à progresser, se sentant déjà bien positionné. À l’inverse, une infériorité marquée décourage, le défi paraissant insurmontable. Au-delà ou en deçà de ce seuil optimal, les efforts s’amenuisent. Se sentir inférieur provoque émotions négatives, culpabilité, et érode estime de soi et fierté.
La comparaison sociale affecte comportements et santé mentale. Cependant, observer des profils lors d’un dîner réel diffère de Facebook : en ligne, il est aisé d’idéaliser sa vie ou d’enjoliver la réalité.
L’essor des réseaux, où l’on se montre toujours au mieux, favorise des comparaisons irréalistes, notent les chercheurs. Plus on passe de temps sur Facebook ou Instagram, plus on se compare, entraînant une estime de soi diminuée et une anxiété sociale accrue. Une étude de l’Université nationale de Singapour l’explique par les contenus positifs filtrés, accentuant les écarts perçus.
Des chercheurs de Facebook ont observé que l’exposition à des publications positives intensifie les comparaisons.
Dans un contexte stressant comme la pandémie, l’effet change-t-il ? Une étude de l’Université Kore d’Enna (Italie) montre qu’avant le confinement, une forte comparaison en ligne liait à détresse, solitude et insatisfaction. Pendant le confinement, cet effet s’est estompé.
Explication : se comparer en période difficile crée un sentiment de solidarité, atténuant les impacts négatifs. Les réseaux peuvent ainsi renforcer les liens et partager peurs et incertitudes.
Les impacts diffèrent selon la plateforme. Des chercheurs de l’Université de Lorraine (France) nuancent : Facebook et Instagram riment avec moindre bien-être, tandis que Twitter booste émotions positives et satisfaction de vie.
Facebook et Instagram privilégient l’autopromotion ; Twitter favorise l’authenticité émotionnelle. Chercher du soutien en ligne pendant la Covid-19 peut raviver des émotions négatives, selon le réseau choisi.
Les motivations à se comparer pullulent sur les réseaux. Contenus positifs ou négatifs servent de repères. Recevoir des éloges flatte, mais impacte les autres.
Toutefois, partager ses difficultés – mots, images, vidéos – offre des effets positifs psychologiques globaux.
Sabrina Laplante, Candidate au doctorat en psychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Cet article est republié depuis The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
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