FRFAM.COM >> Science >> Santé

Pandémie et école : comment les élèves du secondaire québécois ont vécu l'année scolaire 2020-2021

Une étude menée auprès de plus de 1 050 adolescents de 37 écoles secondaires québécoises révèle que 65 % d'entre eux manquent de motivation pour leurs travaux scolaires.

Drazen Zigic/Shutterstock

Depuis la fermeture des écoles en mars 2020, la pandémie de Covid-19 a profondément transformé la réalité quotidienne des adolescents. Les routines scolaires ont été bouleversées, obligeant les élèves à s'adapter à de nouveaux modes d'apprentissage.

La recherche montre que trois aspects clés influencent le développement des adolescents, notamment leur identité : le soutien parental, le sentiment de compétence et une attitude réflexive face à l'avenir. Ces éléments s'appuient sur des relations positives et stables à l'école et à la maison, favorisant la résilience.

Nous sommes trois chercheuses du Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire de l'Université Laval. Notre enquête a analysé la perception des adaptations scolaires, des changements de routines, de l'état d'esprit et des relations avec amis, enseignants et famille chez les adolescents québécois.

Tristesse et ennui dominants

Le questionnaire a été rempli entre novembre 2020 et mars 2021, en tenant compte des expériences depuis mars 2020.

Au Québec, durant cette période, les écoles secondaires sont restées ouvertes avec des « classes bulles » limitant les interactions. Les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire alternaient souvent un jour sur deux en présentiel, sauf en cas d'éclosion de Covid-19 imposant 14 jours d'enseignement à distance. L'instabilité des modalités d'apprentissage était courante.

Nos résultats, basés sur 1 057 adolescents de 37 écoles, mettent en lumière leurs tensions :

59 % se sentaient tristes, 82 % s'ennuyaient. 57 % rapportaient une baisse des résultats scolaires, 24 % ne comprenaient pas la matière. 52 % allaient à l'école quotidiennement, 34 % seulement quelques jours par semaine.

42 % attribuaient leur manque d'effort aux changements de routines, 55 % s'ennuyaient de l'école, et 65 % manquaient de motivation.

36 % n'avaient pas d'espace calme à la maison pour étudier ou suivre les cours en ligne ; 19 % manquaient d'accès régulier à un ordinateur. 42 % dormaient moins de 8 heures par nuit. Parmi ceux jouant plus de 4 heures aux jeux vidéo quotidiennement, 52 % dormaient peu, contre 36 % pour moins de 3 heures.

Augmentation des emplois étudiants

Un tiers des répondants avaient un emploi rémunéré, une hausse par rapport à l'Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (EQSJS) de 2016-2017 (22 %). Parmi ceux travaillant plus de 16 heures par semaine, 64 % dormaient moins de 8 heures, contre 38 % sans emploi.

Suivant le confinement de mars 2020, marqué par des propos controversés du ministre de l'Éducation comparant l'école à distance à des « vacances », de nombreux adolescents ont probablement cherché un emploi durant cette période.

86 % étaient heureux de retrouver leurs amis à l'école en septembre 2020.

Perte de repères et défis

Le manque de motivation et la perte de repères scolaires et sociaux impactent l'engagement et le bien-être. Nos données soulignent la nécessité de soutenir ces adolescents face à ces défis inédits.

Éducateurs et familles doivent adopter plus de flexibilité. Si l'usage accru des écrans inquiète, les médias sociaux peuvent renforcer les liens positifs avec amis et communauté.

Les adolescents notent que leurs parents comprennent mal la technologie et l'apprentissage à distance. Les écoles devraient offrir un soutien technique aux parents, au-delà des élèves et enseignants. Les inégalités d'accès, notamment en zones rurales ou défavorisées, aggravent le fossé numérique et les difficultés d'apprentissage.

Soutenir les élèves vulnérables

Les fermetures ont exacerbé les inégalités scolaires au Canada. Selon Pathways to Education, de nombreux élèves de milieux défavorisés risquent un retard difficile à rattraper, augmentant les risques d'abandon.

Le système scolaire québécois doit prioriser des mesures ciblées contre le décrochage. Nous espérons que ces résultats aident les adolescents à communiquer lors de crises futures.

Inscrivez-vous à notre infolettre pour des informations fiables sur la santé !

Sylvie Barma, Professeure titulaire, Département des études sur l'enseignement et l'apprentissage, Université Laval ; Nathalie Ste-Marie, Assistante de recherche, Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire et Centre de recherche sur l'adaptation des jeunes et des familles à risque, Université Laval ; Rollande Deslandes, Professeure émérite et associée, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Cet article est republié de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

[]