Le diabète, le cancer et d'autres maladies laissent des traces olfactives dans l'haleine, l'urine ou les selles. Ces odeurs, faciles à mesurer, pourraient bientôt remplacer les analyses sanguines par un simple test chez le généraliste.

Chiens détecteurs de cancer colorectal
Le cocker spaniel Mintha se précipite vers un carrousel de huit tubes et renifle rapidement chaque échantillon. En cinq secondes, elle s'assied devant le tube n°3, signalant l'échantillon contenant un cancer du côlon.
Cette scène se déroule dans un laboratoire des chiens-guides KNGF à Amstelveen, où cinq chiens sont entraînés à détecter le cancer colorectal dans les selles. Sur 380 échantillons, dont 20 cancéreux, ils ont identifié 96 % des cas positifs. « Cette étude, la plus vaste à ce jour, est menée avec le VUmc d'Amsterdam. Elle vise un diagnostic plus rapide et précis, potentiellement salvateur », explique Ellen Greven, directrice de KNGF.
L'initiateur, l'interniste Yvo Smulders (VUmc), souligne que les chiens sentent des centaines de fois mieux que les humains et cent fois mieux que les meilleurs équipements. « Le dépistage actuel est invasif et coûteux. Les chiens pourraient révolutionner le screening populationnel chez les plus de 55 ans, avec moins de faux positifs que les tests fécaux actuels, évitant 90 % des coloscopies inutiles. »

&u25b2 Mintha identifie l'échantillon cancéreux en quelques secondes.
Ellen Greven prévoit un déploiement en laboratoire d'ici 4-5 ans, tandis que Smulders estime 5-10 ans, face au conservatisme médical nécessitant des validations indépendantes.
Les chiens détectent aussi d'autres cancers : thyroïde et vessie via urine (Amersham, UK), utérus (Göteborg, Suède), poumon via haleine (Stuttgart, Allemagne).
Le nez électronique : une alternative reproductible
« Les chiens sont imbattables en sensibilité, mais un chien en cabinet médical est impraticable et nécessite un remplacement tous les 5-6 ans. Nous développons un nez électronique reproductible », déclare Peter Sterk, professeur de physiopathologie à l'AMC (Université d'Amsterdam).
Chaque maladie altère le métabolisme, produisant des composés volatils détectables dans l'haleine, les selles ou l'urine. Les médecins s'en servent depuis Hippocrate (odeur urinaire). Aujourd'hui, diabète (acétone), troubles gastriques (haleine aigre).
L'eNose, inspiré des capteurs des années 1980 (Spacelab, pollution, explosifs, alimentaire), imite le nez mammifère : centaines de capteurs analysent les profils olfactifs via reconnaissance de formes et algorithmes.
Chaque maladie laisse des traces dans le corps à travers un métabolisme différent.
Avec 400 types de récepteurs, l'humain distingue un trillion d'odeurs (Science). L'eNose « apprend » à ignorer les interférences (ail, etc.). Formé sur l'asthme, il atteint 80-90 % de fiabilité pour le cancer du poumon.
Vers le cabinet du généraliste
Des tests israéliens différencient cancers colorectaux, pulmonaires et sein via haleine. Sterk : « Prometteur, mais à confirmer. » Le « nez spiro », testé aux Pays-Bas, intègrera bientôt smartphones ou brosses à dents pour un dépistage immédiat, remplaçant prises de sang.
« Prix bas, non invasif, résultats instantanés via cloud. D'ici 10-20 ans, accessible à tous. »
Cet article est paru dans Eos, n°10, 2015.
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