L'approche actuelle face au coronavirus vise à éviter une hausse trop rapide des infections, qui surchargerait les hôpitaux. Il s'agit d'aplatir la courbe épidémique. Mais combien de temps cette propagation durera-t-elle ? « Cela peut prendre des mois, voire des années », explique l'épidémiologiste Anne-Mieke Vandamme (KU Leuven).
« Les mesures actuelles cherchent à prévenir le plus possible de nouvelles infections », précise-t-elle. « Si chacun respecte les recommandations, le nombre d'infections sera bien plus bas dans quelques mois. Nous pourrons alors, espérons-le, nous limiter à l'isolement des malades. » Reste à savoir si cela fonctionnera, car le COVID-19 provoque souvent des symptômes bénins.
En l'absence de vaccin ou d'antiviraux efficaces, de nouvelles restrictions après le 3 avril semblent inévitables. « Si nous reprenions la vie normale, un second pic d'infections surviendrait immédiatement », avertit Vandamme. L'impact d'une hausse des températures reste incertain. Les experts néerlandais, notamment, anticipent un retour du virus à l'automne, voire au printemps suivant.
Plus le nombre d'infectés et d'immunisés augmente, plus la propagation du virus ralentit. Pour atteindre l'immunité collective, 50 à 70 % de la population devrait être infectée. Ce processus n'offre pas de répit à court terme. « Avec 11 millions de Belges et environ 10 % des cas graves hospitalisés, il faut étaler cela sur des années pour éviter de saturer les soins », souligne Vandamme. « L'espoir repose sur un antiviral ou un vaccin rapide. » Bien que la recherche soit intense, un délai d'un an est probable.
« Il vaut mieux des mesures un peu plus légères, mais tenables sur la durée. » Virologue Steven Van Gucht (Sciensano)
Des chercheurs de l'Imperial College London prévoient dans un rapport que les politiques de freinage des infections devront perdurer « de nombreux mois ». Les mesures de distanciation sociale pourraient être modulées en fonction des hospitalisations.
Des restrictions sociales strictes posent un dilemme : plus elles sont efficaces, plus le risque d'un rebond est élevé si elles sont levées prématurément, faute d'immunité suffisante. « C'est un exercice d'équilibriste », note l'épidémiologiste Pierre Van Damme (UAntwerp). « Il faut bloquer les infections intelligemment pour éviter de multiples pics, comme une catastrophe naturelle progressive. Nous devons ralentir sans submerger les capacités médicales, tout en favorisant l'immunité sans excès de victimes. Cela exigera des ajustements constants pendant des mois. »
Steven Van Gucht (Sciensano) préconise d'éviter un confinement total : « Mieux vaut des mesures légèrement plus souples, mais durables. »
« La priorité est d'identifier quelles restrictions lever », conclut l'épidémiologiste Niel Hens (UHasselt). « Cela demande davantage de recherches. »
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