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Greffe de selles : le banc de tabourets, un remède simple et révolutionnaire à l'UZ Gent

Guérir certaines affections en transplantant les matières fécales d'un donneur sain dans les intestins d'un receveur malade. Cette approche semble trop évidente pour être efficace, mais de plus en plus d'études confirment ses résultats prometteurs.

À l'été 2018, un message est arrivé dans ma boîte aux lettres : « Premier banc de selles en Belgique recherche des donneurs ». Le professeur Bruno Verhasselt, chef du département de microbiologie médicale, a lancé en mai cette initiative à l'UZ Gent, la première et unique banque de selles du pays à ce jour.

Le principe est simple : nos intestins hébergent plus d'un millier d'espèces bactériennes différentes, essentielles à de nombreuses fonctions corporelles. « Tant que l'équilibre microbien est respecté, tout va bien. Mais une perturbation, comme par les antibiotiques, peut causer de graves problèmes de santé », explique le Pr Verhasselt.

De nombreuses études montrent que transférer une flore intestinale équilibrée d'une personne saine vers un patient malade restaure cet équilibre. La greffe de selles utilise les matières fécales comme source idéale de ces bactéries bénéfiques.

Près de deux ans plus tard, en pleine crise Covid, je discute via Skype avec Hannelore Hamerlinck, chercheuse biomédicale au laboratoire de microbiologie. Elle me montre un congélateur rempli de dizaines de petits tubes contenant des suspensions brunes : le microbiote purifié de 30 donneurs sains recrutés ces deux dernières années.

Un résultat fatal

Retour aux origines. Avant la banque de selles, le gastro-entérologue Danny De Looze testait déjà les greffes fécales sur des patients hospitalisés avec des infections persistantes à Clostridium difficile. Cette bactérie provoque une diarrhée sévère, parfois mortelle.

Les antibiotiques sont le traitement standard, mais échouent souvent et aggravent le déséquilibre microbien. La littérature indique un taux de succès supérieur à 90 % avec les greffes de selles : les microbes sains supplantent les pathogènes, avec peu d'effets secondaires.

Initialement, De Looze utilisait des selles fraîches de proches. Mais cela posait des problèmes logistiques et de sécurité : screening long, fraîcheur limitée à 6 heures, risques de pathogènes non détectés.

« Les personnes en bonne santé peuvent porter des bactéries sans symptômes. Chez un patient affaibli, cela peut être fatal. »

Fin 2019, un cas tragique au Massachusetts General Hospital l'illustre : un patient immunodéprimé de 73 ans est décédé d'une infection à E. coli résistant issue d'une greffe non criblée.

« Les donneurs sains peuvent être asymptomatiques, mais le transfert à un patient fragile est risqué », confirme Hamerlinck.

Sélection rigoureuse

Pour éviter cela, la banque impose un screening strict : sélection des donneurs, analyses exhaustives, traçabilité complète et normes qualité élevées.

En 2018, 260 volontaires, dont moi, ont répondu à l'appel. Un questionnaire détaillé évaluait risques (comportement sexuel, drogues, voyages, tatouages, etc.). Seuls 44 ont passé cette étape. Interdits : personnel hospitalier, selles irrégulières, résidence éloignée (échantillons viables 1 heure max pour bactéries anaérobies).

« Nous restons en contact avec les donneurs. Tout changement de santé doit être signalé immédiatement. »

Analyses sanguines et fécales éliminent 10 autres (dont 4 pour E. coli). 30 donneurs qualifiés. Suivi continu pour détecter infections tardives.

Greffe de selles : le banc de tabourets, un remède simple et révolutionnaire à l UZ Gent

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Les selles sont traitées immédiatement : mélange saline, filtration, cryoprotection, congélation à -80 °C. Administration via sonde nasale ou endoscopie. Futur : gélules résistantes aux acides.

« Chaque donneur-receveur a un profil microbien unique. »

Recherches en cours sur la compatibilité pour optimiser. Succès quasi-total contre C. difficile ; variables pour côlon irritable (améliorations partielles, besoin de matching).

Super donneurs

Facteurs comme régime, activité influencent le succès (ex. : obésité). Concept de « super donneurs » prometteur mais non prouvé. Études à l'UZ Gent sur Parkinson, multirésistances.

« Des vidéos US prônent l'auto-greffe : très risqué ! »

Essais mondiaux : diabète, VIH, obésité, cirrhose (effet pont vers greffe hépatique).

Greffe de selles : le banc de tabourets, un remède simple et révolutionnaire à l UZ Gent

Matériel humain ?

Greffes limitées à C. difficile hors recherche. Législation floue : pharma ou tissu humain ? Belgique vise ce dernier pour thérapies personnalisées.

Avantages banque : sécurité, rapidité, anonymat. Limite : durée vie 2 ans. Suivi 20 ans pour rétrospectif.

Nouveaux dons recherchés (Covid a ralenti). Site UZ Gent pour questionnaire.

Plus d'infos : www.uzgent.be/gsb

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