La quarantaine à domicile expose jusqu'à la moitié des proches à l'infection. Les professeurs Harald De Cauwer (UAntwerp) et Francis Somville (UAntwerp et KU Leuven) plaident pour des centres d'isolement. L'intensiviste Geert Meyfroidt (UZ Leuven) exprime de sérieuses réserves.
Photo : patients Covid dans un centre d'isolement à New Delhi.
Dans le Magazine for Medicine, les chercheurs Harald De Cauwer (UA) et Francis Somville (UA et KU Leuven) soulignent que l'isolement domestique n'est pas toujours adapté. Des études indiquent que 16 % à plus de 50 % des cohabitants s'infectent. De plus, la quarantaine n'est pas toujours respectée.
Pour limiter la propagation, ils préconisent un isolement strict en centres dédiés. « Ces mesures drastiques ont été appliquées à Wuhan », note De Cauwer. « L'isolement domestique réduit la transmission de 50 % chez les cohabitants et 75 % dans la population générale ; un isolement strict atteint 75 % et 90 % respectivement. »
« L'avantage d'un isolement strict est qu'on gagne du temps et qu'on évite une surcharge rapide du système. » Harald De Cauwer (UAntwerp)
Les centres d'isolement pourraient lisser le pic épidémique de dix jours, gagnant du temps pour les hôpitaux, lits et respirateurs en soins intensifs.
Les centres de soins de transition, utilisés en première vague pour des patients en phase intermédiaire, pourraient être réaffectés. Autre option : hôtels, centres de villégiature ou campings, comme pour les demandeurs d'asile. Cela soutiendrait le tourisme. « La sécurité sociale pourrait financer cela comme médecine préventive », suggère De Cauwer.
Cette mesure cible les situations à risque : logements exigus, familles nombreuses, familles recomposées ou cohabitations précaires.
Le Pr Geert Meyfroidt (UZ Leuven) juge cette idée irréaliste, indésirable et inutile.
« Les cohabitants doivent aussi être quarantenés, ayant côtoyé l'infecté en phase présymptomatique. Doivent-ils aller en centre séparé jusqu'à deux tests négatifs ? Ou rejoindre le membre infecté après un test positif ? Et si toute la famille est positive ? »
« Le risque n'est pas de 100 %, comme l'admettent les chercheurs. Une détention obligatoire aurait un impact limité malgré un coût humain élevé. J'ai vu des proches éviter l'infection grâce aux précautions. »
« Devrions-nous séparer les enfants non infectés de leurs parents dans des camps dédiés ? » Geert Meyfroidt, UZ Leuven
« À quel point est-ce humain ? Cette période réduit déjà les contacts, impactant le bien-être psychologique. Séparer les familles est inhumain. »
« Et les enfants ? Les placer en camps séparés des parents infectés pendant des semaines ? »
Enfin, la plupart des cas Covid se résolvent à domicile sans hospitalisation. « Institutionnaliser les malades légers est disproportionné. »
Meyfroidt conclut : « Un exercice théorique aux coûts humains et financiers élevés, avec un impact épidémiologique minime. »
Cependant, garder ces centres disponibles sur base volontaire pour cas vulnérables (ex. : cohabitation avec personnes fragiles en petit logement) serait judicieux. Ajouter livraisons de repas pour isolés célibataires.
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