Pourquoi devrions-nous cesser de désigner les variantes du coronavirus par leur pays d'origine dans les reportages ?
Image : Des infirmières brésiliennes protestent contre la politique Covid du président Jair Bolsonaro.
Lorsque l'ancien président américain Donald Trump qualifiait le virus de « virus chinois » ou « virus de Wuhan » au début de la pandémie, de nombreux observateurs ont justement dénoncé ces termes. Heureusement, les appellations neutres « coronavirus » et « SARS-CoV-2 » ont rapidement prévalu à l'échelle mondiale. Mais pourquoi tolérerions-nous les mentions de variantes « britannique », « sud-africaine » ou « brésilienne » ?
La personnalité clivante de Trump et les tensions géopolitiques sino-américaines ont rendu ses déclarations persona non grata en 2020. Pourtant, tous les acteurs – scientifiques, gouvernements et médias – devraient veiller à une nomenclature responsable pour les virus et leurs variantes.
Il y a six ans, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié des directives claires à l'intention des scientifiques, gouvernements et médias : éviter de nommer les nouvelles maladies ou agents pathogènes d'après des lieux géographiques, des personnes ou des animaux.
Bien sûr, cette pratique est ancrée dans l'histoire. Rappelons la « grippe espagnole », probablement pas originaire d'Espagne, mais rapportée en premier par ce pays neutre pendant la Première Guerre mondiale. D'autres exemples incluent la grippe porcine et aviaire, le Zika (du forêt de Zika en Ouganda) ou le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient).
Changer rétroactivement ces noms établis est illusoire, selon l'OMS. Une fois ancrés dans le discours public, ils résistent au changement. Il est donc crucial de réfléchir soigneusement aux noms donnés dès le départ aux nouveaux virus et variantes.
« Le nom d'une maladie peut donner l'impression que les gens dans d'autres pays ne sont pas à risque, ce qui amène les gouvernements à ne pas prendre les bonnes précautions. » OMS
Cela peut sembler anecdotique, mais le choix du nom a des conséquences graves : sous-estimation des risques dans d'autres pays, abattage massif d'animaux inutiles, ou impacts économiques et sociaux. Des études montrent que les dénominations géographiques favorisent la discrimination raciale. Pendant la crise du Covid-19, les personnes d'origine asiatique ont subi des propos xénophobes. Après l'épidémie d'Ebola en 2014, les originaires d'Afrique de l'Ouest ont été stigmatisés. Le virologue Peter Piot avait d'ailleurs nommé le virus Ebola d'après la rivière Ebola en 1976, évitant ainsi le village de Yambuku où il fut découvert.
Malgré ces recommandations, les médias regorgent encore de « variantes britannique », « sud-africaine » et « brésilienne ». L'auteur de cet article l'admet : il a lui-même utilisé ces termes au début. Comment procéder désormais ? Faut-il nommer ces variantes ? Oui, quand elles présentent des caractéristiques biologiques distinctes : plus contagieuses, résistantes aux vaccins ou transmissibles à d'autres animaux.
Toutefois, tous les changements génétiques ne justifient pas une nouvelle variante. Des centaines de versions circulent, comme le montre le site nextstrain.org. Seules celles à fort impact biologique ou médiatique reçoivent un nom géographique.
Existe-t-il des alternatives ? Dans les cercles scientifiques, on utilise des codes comme « B.1.1.7 », « 20I/501Y.V1 » ou « VOC-20DEC-01 » pour la variante dite « britannique ». Mais ces désignations sont impénétrables au grand public. De plus, les mutations rapides nécessitent des mises à jour constantes, souvent sans impact biologique réel.
Même les experts qualifient cette nomenclature de « gâchis ». Des discussions internationales portent sur des systèmes alphabétiques (comme pour les ouragans) ou en lettres grecques. Bien qu'il soit trop tard pour le SARS-CoV-2, ce virus ne sera pas le dernier. Un consensus émerge lentement, mais les virus mutent plus vite que nos conventions sociétales.
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