Repérer une personne en train de se noyer est une tâche complexe pour les sauveteurs, comparable à une recherche minutieuse dans un environnement dynamique. Le spécialiste en biomécanique Pieter Vansteenkiste, de l'Université de Gand, a analysé les stratégies visuelles des sauveteurs de plage.
À première vue, les sauveteurs semblent profiter d'un poste idyllique sur la plage. Pourtant, leur rôle exige une vigilance constante face aux dangers potentiels. Ils doivent identifier une noyade en 10 à 30 secondes pour intervenir efficacement. En cas d'urgence, comme une personne inconsciente, ils déclenchent les procédures de secours et prodiguent les premiers soins.
Devenir sauveteur nécessite une formation rigoureuse, incluant examens théoriques et pratiques. Leur priorité : détecter précocement les situations dangereuses pour minimiser les risques. La surveillance attentive est donc primordiale.
La détection d'une noyade est entravée par trois facteurs principaux : le maintien de la vigilance, les barrières optiques et les défis perceptifs.
Rester alerte sur de longues périodes est ardu. Une fatigue, un repas lourd ou un stress excessif altèrent la concentration. Pour contrer cela, les sauveteurs travaillent par rotations, s'hydratent, font de l'exercice et maintiennent des interactions sociales.
Même d'une position optimale, la réflexion et la réfraction de l'eau, ainsi que sa turbidité, obscurcissent la visibilité sous la surface. Une personne au fond d'une piscine est indistinguable d'un objet inerte.
Dans un environnement dynamique, les sauveteurs doivent scanner activement, sans repères visuels évidents. Contrairement aux idées reçues, une noyade n'attire pas l'attention spontanément. Trois types de noyade existent : nageur en détresse, noyade active et passive (voir tableau 1). Les variations selon l'âge et le contexte compliquent l'identification, au milieu de distractions multiples.

La plage étant dynamique, les sauveteurs rebalaient régulièrement les zones, malgré la "cécité au changement" du cerveau. Ils surveillent aussi l'absence de mouvements à la surface.

Les distractions, comme des enfants jouant, peuvent causer une "cécité inattentionnelle", où un danger passe inaperçu.
Les études montrent que les sauveteurs expérimentés détectent les dangers plus vite. Une recherche de l'Université de Gand a équipé neuf novices et sept experts d'oculomètres pendant 45 minutes de surveillance.

Les deux groupes passent 70 % de leur temps sur la zone de bain, revérifiant chaque secteur toutes les 10 secondes (6 secondes devant eux). Les experts effectuent des fixations plus longues et variables, indiquant un traitement plus approfondi des informations visuelles : vérification rapide si normal, analyse prolongée si suspect.
Des recherches en cours visent à affiner la formation perceptive des sauveteurs via des vidéos de scénarios réels, en collaboration avec la fédération. Cela évaluera l'impact de facteurs comme la fatigue sur la vigilance.