Le microbiote intestinal joue un rôle clé dans notre santé globale. Une consommation prolongée de médicaments peut perturber durablement cet écosystème microbien essentiel.
Notre génération consomme plus de médicaments que jamais. Les maladies cardiométaboliques comme le diabète de type 2, l’obésité et les maladies coronariennes progressent rapidement et représentent la première cause de mortalité mondiale. Les patients doivent souvent suivre des traitements médicamenteux sur des mois, voire des années. Or, une nouvelle étude publiée dans la revue Nature révèle des conséquences inattendues sur le microbiote.
Composé de milliers de milliards de micro-organismes indispensables au bon fonctionnement de l’organisme, le microbiote intestinal subit des effets puissants de nombreux médicaments, bien plus importants que précédemment estimé. Selon ces chercheurs allemands, l’impact des traitements surpasse même celui de la maladie, de l’alimentation et du tabagisme combinés.
Les effets négatifs des antibiotiques s’accumulent probablement avec le temps
Sur 28 médicaments testés, la majorité altère négativement la composition bactérienne intestinale. À l’inverse, l’aspirine semble exercer un effet positif. Si les effets durables des antibiotiques étaient connus, cette étude démontre pour la première fois leur accumulation progressive. Ces résultats pourraient ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques et préventives personnalisées.
Le professeur de microbiomique humaine Willem M. de Vos (Universités d’Helsinki et Wageningen) commente : « Il s’agit d’une vaste étude sur plus de 2 000 Européens, incluant des patients diabétiques de type 2 et souffrant de maladies cardiovasculaires. Elle montre que la composition bactérienne intestinale peut non seulement contribuer à ces pathologies, mais aussi influencer la réponse aux traitements. Des études de suivi sont nécessaires, tout comme une cartographie précise du régime alimentaire. Par exemple, un apport élevé en fibres bénéficie à la diversité et à l’activité microbienne, modulant potentiellement les résultats. »
L’expert en microbiologie et santé intestinale Edwin Abeln (TNO) ajoute : « C’est un article remarquable. Cependant, distinguer cause et corrélation reste complexe. Les personnes en mauvaise santé recourent plus souvent aux antibiotiques, sans lien causal direct prouvé avec les maladies cardiométaboliques ou le microbiote. Des recherches empiriques s’imposent, mais cette étude pave la voie à une personnalisation des traitements selon le profil microbien. »
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