Plus d'attention est nécessaire pour les personnes qui ne semblent pas seules à première vue. Ce n'est qu'alors que le thème pourra être discuté par tous, déclare Marlies Maes, chercheuse à la KU Leuven, qui a soutenu une thèse de doctorat sur la solitude chez les jeunes.
Vous n'avez pas besoin d'être seul pour vous sentir solitaire. Peut-être, lors d'une fête d'anniversaire animée ou au milieu d'une rue commerçante bondée, avez-vous déjà été assailli par un manque lancinant. Être seul est une situation objective, mais la solitude est un ressenti subjectif.
Vous avez de nombreux amis et vous aimez partager des moments amusants avec eux. Personne ne s'en doute, et pourtant, vous vous sentez souvent seul. Comment est-il possible de se sentir solitaire malgré un large cercle d'amis ?
La solitude est ce sentiment douloureux de carence dans les relations sociales. Elle peut survenir en cas de manque quantitatif d'amis, mais la qualité des liens est encore plus déterminante. Ainsi, une personne entourée de nombreux amis peut se sentir seule si ces relations paraissent superficielles ou de faible qualité.
Même si vous êtes satisfait de la qualité de vos amitiés, la solitude peut persister. Elle se manifeste sous diverses formes. Le premier type provient d'un manque de lien étroit et profond, comme avec un meilleur ami. Le second découle d'un sentiment d'exclusion d'un groupe, tel qu'un cercle d'amis.
La solitude est le sentiment douloureux de passer à côté de vos relations sociales.
Vous pouvez ainsi avoir de nombreux amis avec qui vous vous sentez bien, tout en regrettant l'absence d'une connexion profonde avec un confident. Ou posséder un partenaire idéal, mais vous sentir isolé faute d'appartenance à un groupe amical.
La solitude évoque souvent une personne âgée isolée. Pourtant, les jeunes, entourés de pairs toute la journée, en sont aussi victimes. Dans une étude menée à la KU Leuven dans le cadre de ma thèse, 1 700 jeunes Flamands âgés de 13 à 21 ans ont été interrogés : près de 20 % se disent parfois seuls.
Dans une autre enquête auprès de 280 adolescents flamands de 12 à 15 ans, 15 % rapportent une solitude liée à l'absence de meilleur ami, et près de 20 % un sentiment d'exclusion d'un groupe amical.
Ce phénomène reste sous-estimé chez les jeunes, tabou et peu financé, ce qui entrave l'expression des souffrances et le développement de programmes préventifs.
Près de 20 % des jeunes interrogés âgés de 13 à 21 ans déclarent se sentir parfois seuls.
Il est crucial de briser ce silence. Une solitude prolongée accroît les risques de dépression, d'anxiété, d'échecs scolaires, de faible estime de soi et de pensées suicidaires.
Discuter ouvertement de la solitude, y compris chez les jeunes apparemment entourés, est essentiel pour qu'ils expriment leur mal-être et reçoivent un soutien adapté.
La solitude juvénile doit devenir un enjeu sociétal. Parlons-en ensemble pour sensibiliser. Impliquez conseillers et chercheurs pour concevoir programmes et outils. Et mobilisons les pouvoirs publics pour financer et diffuser ces initiatives.
Pour ses recherches sur la solitude chez les jeunes, Marlies Maes (Psychologie, KU Leuven) a été nominée pour la Flemish PhD Cup 2017.