Neil Armstrong (1930-2012) fut le premier homme à poser le pied sur la Lune à l'âge de 38 ans. Retour sur l'alunissage historique d'Apollo 11 et la décennie la plus exaltante de l'exploration spatiale.
L'astronaute américain Neil Armstrong s'est éteint à 82 ans. Le 20 juillet 1969, il devint le premier à marcher sur la Lune, réalisant le rêve du président John F. Kennedy : faire atterrir un Américain sur la Lune avant la fin des années 1960. Kennedy visait à surpasser les Soviétiques, premiers à lancer un satellite et à envoyer un homme dans l'espace. Enfant de la course à l'espace, le programme Apollo devint l'une des plus grandes entreprises scientifiques et technologiques de l'Histoire. Retour sur ces événements marquants.
En octobre 1957, l'Union soviétique stupéfie le monde avec Spoutnik 1, premier satellite en orbite. Le gouvernement américain minimise l'événement, mais la presse et l'opposition s'inquiètent. Un général américain lâche : « Nous nous sommes trompés d'Allemands ! », allusion aux ingénieurs de fusées recrutés après la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, les États-Unis avaient recruté le meilleur : Wernher von Braun, concepteur de la V2 nazie, et son équipe, travaillaient pour l'armée américaine.
Malgré ses demandes, von Braun n'obtient pas l'autorisation de lancer un satellite scientifique, le projet civil Vanguard (marine) étant priorisé. Mais Vanguard échoue : deux mois après Spoutnik, sa fusée explose au décollage, surnommée « Kaputnik ». Von Braun lance alors Explorer 1 en janvier 1958, suivi par Vanguard.
Réponse aux Spoutnik : le président Dwight Eisenhower crée la NASA. Von Braun et ses ingénieurs allemands intègrent l'agence et développent la fusée Saturn, base d'Apollo.
Malgré son passé nazi, von Braun gagne le respect à la NASA comme visionnaire. Son histoire inspire le film Je vise les étoiles, satirisé : « Mais parfois je frappe Londres ».
Osons viser plus haut
La NASA lance le projet Mercury avec des capsules individuelles, mais les Soviétiques frappent encore : Youri Gagarine est le premier homme dans l'espace en 1961. Kennedy, initialement tiède, réagit après l'échec de la Baie des Cochons.
Un seul objectif audacieux : un homme sur la Lune. Dans un discours historique au Congrès, Kennedy promet un atterrissage et un retour avant 1970. Les fonds affluent, malgré l'absence de technologie.
Mercury laisse les Américains à la traîne, mais Gemini (1965-1966) inverse la tendance : premiers rendez-vous et accouplement spatiaux.
Lors de Gemini 8, Neil Armstrong, commandant, sauve la mission d'une rotation incontrôlée due à un propulseur défaillant.
Après Gemini, Apollo vise la Lune avec trois astronautes. Apollo 1, prévu en 1967, finit en tragédie : un incendie au sol tue l'équipage.
Gus Grissom, ironie du sort, meurt piégé par une écoutille verrouillée – après un amerrissage raté en Mercury.
Oxygène mortel
L'enquête révèle un mélange d'erreurs : oxygène pur à haute pression (115 Pa), inflammable ; court-circuit ; rush du programme (400 000 employés). La NASA réforme : écoutille simplifiée, câblage revu, air normal aux tests.
« Sans cet incendie, Apollo n'aurait pas réussi », déclare John Young (Apollo 16).
Aussi fuyant qu'un tamis
Apollo est retardé d'un an et demi. Apollo 4 (sans pilote) réussit, mais d'autres tests Saturn V vacillent. Le module lunaire (Grumman) arrive défectueux : « épave fuyante ».
Pression CIA : Soviétiques prêts pour un vol lunaire. Apollo 8 orbite la Lune sans atterrisseur en décembre 1968 – risque, car il sert de canot de sauvetage (vu en Apollo 13).
Répétition générale Apollo 8 : premier vol habité vers la Lune. TLI à 39 000 km/h. Frank Borman vomit, mais succès : 10 orbites, lecture de la Genèse en direct, Terre vue de l'horizon lunaire. Retour : rentrée à 40 000 km/h, bouclier à 2 800 °C.
Apollo 10 teste l'atterrisseur à 15 km d'altitude.
50 % de chances
Alunissage : zone morte sous 60 m ; délai radio 2,6 s. Équipe jeune (26 ans moyen), Eugene Kranz aux commandes.
Armstrong : 50 % de chances d'atterrir, sûr de revenir.
L'Aigle a atterri
16 juillet 1969 : Apollo 11 décolle. Descente Eagle : alarme 1202 (ordinateur surchargé par radar). Armstrong pilote manuellement, évite cratère, atterrit avec 20 s de carburant.
« Houston, Tranquility Base ici. L'Aigle a atterri. » Armstrong : « Un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'humanité. » 22 kg de roches collectées.
Buzz Aldrin descend l'échelle pour sa marche lunaire.
Les Soviétiques dominent tôt : Spoutnik, Gagarine, marche spatiale, sondes Luna. Mais retards : explosion 1960 (100 morts secrets), Korolev mort (1966), Komarov tué (Soyouz 1).
Loena 3 photographie la face cachée de la Lune en 1959.
Zond 5 orbite avec tortues (1968). N1 explose. Luna 15 s'écrase pendant Apollo 11. Luna 16 ramène des roches en 1970, mais pas d'alunissage habité.
Aldrin casse un interrupteur au retour ; résolu avec un feutre. Alarme : radar de rendez-vous. Décollage, rendez-vous avec Collins, retour. Columbia au Smithsonian.
(Extrait et adapté du magazine Eos, juillet-août 2009)