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L’Anatolie, berceau ancestral des langues indo-européennes comme le français et le néerlandais

Les agriculteurs ont diffusé l’ancêtre du néerlandais, du français, du latin, du roumain, du yiddish et d’autres langues apparentées depuis l’Anatolie vers l’Europe et l’Asie du Sud il y a au moins 8 000 ans.

L’Anatolie, berceau ancestral des langues indo-européennes comme le français et le néerlandais

L’ancêtre du néerlandais, du français, du latin, du roumain, du yiddish et bien d’autres était parlé par les agriculteurs de l’intérieur accidenté de l’Anatolie (l’actuelle Turquie) il y a au moins 8 000 ans. Grâce à leurs socs de charrue, cette langue s’est répandue en Europe et en Asie du Sud.

Déterminer l’origine d’une langue est une tâche ardue, surtout pour une langue éteinte sans système d’écriture, comme la plupart des langues anciennes. L’origine exacte des langues indo-européennes – une famille de plus de 400 langues incluant le néerlandais, l’anglais, le yiddish, les langues slaves et romanes – reste débattue. Le proto-indo-européen (PIE), souvent abrégé en « PIE » ou « TARTE » en néerlandais, était probablement parlé à la frontière entre l’Europe et l’Asie du Sud. Mais où et quand précisément ? C’était jusqu’à récemment une question spéculative.

Au XXe siècle, deux théories principales ont émergé. L’une situe l’origine au nord de la mer Caspienne, dans les steppes russes et kazakhes actuelles, vers 4 000 av. J.-C. L’autre la place plus tôt, entre 7 500 et 6 000 av. J.-C., dans l’intérieur accidenté de l’Anatolie.

Ces hypothèses ont des implications majeures. La théorie des steppes implique une diffusion par les Kurgans, un peuple semi-nomade maître de l’équitation. Celle de l’Anatolie met en avant l’agriculture primitive : l’Anatolie, densément boisée à l’époque, n’abritait guère de chevaux, mais ses habitants y cultivaient très tôt.

La technologie ADN booste la recherche linguistique
Même sans écriture, une langue comme le PIE laisse des traces. Comme les biologistes traquent l’ADN ancien dans les génomes modernes, les linguistes évolutionnistes analysent les similitudes lexicales et phonétiques au sein de la famille indo-européenne.

Les « apparentés » (cognats) – mots d’origine commune comme « moeder » (néerlandais), « mother » (anglais) et « madre » (italien) – sont au cœur de ces études. Le néerlandais est plus proche de l’anglais que de l’italien pour « mère ».

Une équipe internationale de chercheurs belges, néerlandais et néo-zélandais a appliqué un modèle virologique à des dizaines de cognats indo-européens. Habituellement utilisé pour les arbres phylogénétiques viraux, ce modèle statistique a permis de remonter l’arbre linguistique jusqu’à la racine : l’Anatolie, il y a au moins 8 000 ans.

L’expansion des langues indo-européennes au fil du temps.

Philippe Lemey, du Laboratoire de virologie clinique et épidémiologique de la KU Leuven, explique : « Ce n’est pas la première fois qu’une méthode microbiologique étudie les langues, mais nous l’avons appliquée rétroactivement. Notre analyse nous a menés en Anatolie, pas dans la région kurgane. »

Dirigée par l’anthropologue évolutionniste néo-zélandais Quentin Atkinson, l’équipe a surpris les linguistes, partisans traditionnels de la thèse kurgane. Un peuple nomade à cheval inspire plus l’imaginaire qu’une tribu agricole paisible diffusant sa langue via l’agriculture.

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L’Anatolie, berceau ancestral des langues indo-européennes comme le français et le néerlandais

L’Anatolie, berceau ancestral des langues indo-européennes comme le français et le néerlandais

Dr. Quentin Atkinson sur l’étude

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