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Les origines de nos préférences politiques : forgées dès l'enfance

Nos opinions politiques font partie intégrante de notre identité. Elles se forgent souvent dès les premières années de la vie, déterminant si l'on penche à gauche ou à droite.

Les enfants d'âge préscolaire affichent déjà des affiliations politiques. Une fois établies, elles restent stables pendant des années. Tels sont les résultats de l'étude menée par Peter Hatemi (Université de Sydney) et Brad Verhulst (Institut de psychiatrie et de génétique comportementale, États-Unis).

Ils ont interrogé plus de 7 600 adultes à intervalles de dix ans. Leurs opinions sur des affirmations comme « Les lois et la politique sociale doivent évoluer avec les exigences d'un monde changeant » ou « La "nouvelle morale" permissive n'est en fait aucune morale » sont restées remarquablement stables. D'où viennent ces convictions ?

Dans un monde idéal, à 18 ans, on analyserait rationnellement toutes les informations avant de voter. Mais la réalité est différente : notre situation financière, notre classe sociale, notre niveau d'éducation influencent nos choix. Les contextes économiques ou les attentats terroristes modèlent aussi notre comportement électoral. Plus la situation est précaire, plus l'attirance pour des leaders autoritaires grandit.

Parents autoritaires

Ces facteurs adultes ne suffisent pas à expliquer nos convictions. Il faut remonter à la petite enfance.

« Avant même de savoir lire ou écrire, les enfants se préoccupent des questions politiques »

Dès l'âge de sept ans, les enfants perçoivent les grands systèmes politiques comme la démocratie et la citoyenneté. Ils valorisent le respect des lois et la solidarité. Des divergences émergent déjà, par exemple sur les rôles homme-femme, mesurables via des questions sur les activités familiales ou professionnelles.

Les parents jouent un rôle clé. Dès trois ans, les enfants de parents autoritaires – qui imposent des règles strictes et privilégient l'obéissance à l'initiative – adoptent des tendances conformistes et traditionalistes. En 2014, Michael Tagar (Université du Minnesota) a démontré cela : les enfants de parents autoritaires rejetaient plus souvent les dénominations inhabituelles d'objets dans une expérience vidéo.

Un capitaine strict ou amical ?

L'éducation et l'environnement infantile comptent aussi. Dans une étude auprès de 40 enfants de sept ans issus de milieux variés, ceux de familles défavorisées préféraient des visages dominants (mâchoires carrées) pour mener une expédition, contrairement aux autres qui choisissaient des traits confiants (sourire).

Les origines de nos préférences politiques : forgées dès l enfance

Robert Hess (Université de Stanford) et Judith Torney-Purta (Université du Maryland) avaient déjà observé que ces enfants affectionnent les figures d'autorité comme les policiers.

« Grandir dans une famille défavorisée prédispose à choisir un leader dominant à l'âge adulte »

Chez 1 000 adultes français représentatifs, cette préférence persiste indépendamment du statut actuel : les visages dominants évoquent un chef fort, au-dessus du parlement. Une enquête auprès de 65 000 Européens de 46 pays confirme : l'enfance difficile favorise les leaders « forts », transcendant les cultures.

Explication possible : un environnement précoce hostile forge une vision compétitive du monde, où un leader rusé surpasse le naïf. Attention, il s'agit de corrélations, non de causalité prouvée – d'autres facteurs comme l'éducation parentale pourraient intervenir. Ce sont des tendances statistiques, non des déterminismes.

Conscience écologique

L'enfance influence aussi l'écologie : Nancy Wells et Kristie Lekies (Université Cornell, 2006) montrent que le contact précoce avec la nature (camping, pêche) prédispose à des habitudes éco-responsables chez l'adulte, impactant les votes.

Ces expériences doivent s'accompagner de connaissances, souvent via un professeur inspirant.

Nos convictions résultent d'interactions complexes : gènes, enfance, vie adulte. Les jumeaux identiques partagent plus d'opinions politiques que les fraternels, soulignant le rôle génétique dans les réactions émotionnelles et cognitives – sans « gène de gauche » ou « de droite ».

Logique, donc, que ces opinions soient centrales à notre identité.

Cet article est paru dans Eos Psyche&Brain n°1, 2018.

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