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L'histoire captivante de l'Autoportrait restauré de Peter Paul Rubens

L'Autoportrait de Peter Paul Rubens fait son retour le 21 avril à l'endroit même où le maître anversois l'a réalisé il y a près de quatre siècles. L'Institut royal du patrimoine culturel (KIK-IRPA) a minutieusement éliminé toutes les retouches et surpeintures, permettant d'admirer l'œuvre pour la première fois dans son état originel.

Anvers, 1630. Peter Paul Rubens pose la dernière touche à son Autoportrait dans son atelier. Contrairement à ses rares autres autoportraits destinés à la vente, cette pièce était un modèle d'atelier, outil pédagogique pour former ses élèves et guider les portraits subséquents.

Au moins 75 % de la peinture telle qu'elle apparaissait récemment n'était pas de la main du maître.

L'histoire postérieure de l'œuvre reste en partie obscure. Première trace documentée : un catalogue de vente de 1765, où elle est cédée publiquement au prince de Rubempré à Bruxelles. Elle voyage ensuite à Gand, Bruxelles, Beaulieu-sur-Mer et New York.

L histoire captivante de l Autoportrait restauré de Peter Paul Rubens

En 1972, le collectionneur new-yorkais Stavros Niarchos la propose chez Christie's à Londres. Acquise par la Ville d'Anvers, elle est restaurée par Frederik Bender et exposée à la Maison Rubens, dans la demeure historique de l'artiste. L'œuvre est enfin rentrée chez elle.

Plus miroir que chef-d'œuvre

Quarante ans plus tard, elle est prêtée temporairement à la National Gallery de Londres pour une exposition sur l'influence de Rubens. Le musée renonce à un simple rafraîchissement après une expertise révélant des surpeintures et vernis multiples, nécessitant une restauration approfondie.

L histoire captivante de l Autoportrait restauré de Peter Paul Rubens

La Maison Rubens confie alors au KIK-IRPA une restauration complète. « Ce qui m'a frappée immédiatement, c'est son éclat excessif », confie la restauratrice Marie-Annelle Mouffe, rencontrée dans son bureau bruxellois près du Parc du Cinquantenaire. Quelques semaines avant son retour, l'Autoportrait est presque entièrement restauré. « Une épaisse couche de vernis brillant le rendait plus miroité que pictural. »

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Avec l'appui des analyses scientifiques de Wim Fremout (KIK-IRPA), Mouffe procède à une étude poussée. « Nos examens high-tech ont confirmé les observations de la National Gallery », précise Fremout. L'œuvre comptait jusqu'à onze couches de peinture et vernis, surtout sur l'arrière-plan et les vêtements. Le visage était relativement préservé, mais au moins 75 % de la surface récente n'était pas rubénien.

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Les analyses révèlent un vernis supérieur à base d'huile de lin bouillie, durcissante et insoluble. « Heureusement, nous sommes intervenus à temps », note Fremout.

Rectangle ou ovale ?

Après avis de Ben van Beneden (directeur de la Maison Rubens) et du Conseil Topstukken, l'équipe supprime toutes les couches étrangères pour révéler la peinture originelle.

Des découvertes surprenantes émergent. « Les radiographies de la National Gallery indiquaient une forme ovale primitive », explique Fremout. « Nos analyses croisées avec les archives confirment une histoire tumultueuse. »

Le catalogue de 1765 la décrit rectangulaire. Une photo d'archive de 1956 (KIK-IRPA) montre quatre lattes ajoutées au châssis originel de deux planches. « Les bords rubéniens ont été rognés à angle droit pour ces ajouts, élargissant l'œuvre de 15 cm », détaille Mouffe.

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Par la suite, un ovale est découpé, ne conservant que le coin inférieur droit originel. Avant 1970, un nouveau rognage rectangulaire incline légèrement la figure de Rubens.

« Ces altérations reflètent les pratiques d'époque : les collectionneurs adaptaient librement les œuvres à leurs cadres ou goûts », analyse Mouffe. « Aujourd'hui, la réversibilité prime : conserver l'original, minimiser les ajouts. »

Esprit authentique

La forme primitive reste incertaine, mais probablement rectangulaire, vu l'angle droit conservé et les habitudes de Rubens.

Le Conseil Topstukken hésite à ôter les surpeintures des ajouts, craignant un ovale inauthentique. Le plan évolue : révéler d'abord les parties originales.

« Les surcouches des coins étaient si épaisses qu'elles dépassaient le reste », poursuit Mouffe. « Nous les avons retirées pour uniformiser la surface, puis réintégrées harmonieusement. »

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« Restauration stricte oblige, combler des zones vides fut un défi. Nous avons calqué les tons originels, laissant les retouches visibles pour narrer l'histoire matérielle sans altérer l'authenticité. »

Bras levé

Les images macro-XRF de Fremout distinguent les pigments : céruse (Rubens), blanc de zinc (XIXe) et titane (XXe).

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Le bras droit originel, en céruse, était nettement plus levé. « Une modification postérieure, peut-être liée aux rognages successifs masquant un déséquilibre compositionnel », suppose Mouffe.

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Sobriété magistrale

« Rubens excelle dans la sobriété : ce point blanc sur le col évoque le poids du tissu et sa courbure », s'enthousiasme Mouffe.

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Ses coups de pinceau vifs et assurés trahissent une exécution rapide, sans repentirs.

À mon dernier regard, des détails refont surface : lèvres rouges soulignées de lumière, joues rosées. « Dernière étape : un vernis fin satiné pour restituer l'éclat originel », conclut Mouffe. « Alors, la maîtrise de Rubens éclatera pleinement. »

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