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La pollution au plomb dans les glaces du Groenland révèle l'histoire économique de l'Empire romain

Une partie de la pollution au plomb présente dans l'air européen se dépose depuis des siècles sur les calottes glaciaires du Groenland.

La pollution au plomb dans les glaces du Groenland révèle l histoire économique de l Empire romain

Dès le début du IVe millénaire avant notre ère, l'humanité a maîtrisé la séparation des métaux précieux comme l'or et l'argent des métaux de base tels que le plomb et le cuivre. Ce procédé, appelé coupellation, consiste à fondre les minerais ou alliages à haute température, permettant aux contaminants de réagir avec l'air et de s'éliminer. Étant donné que les minerais d'argent contiennent beaucoup de plomb, la production monétaire en argent a historiquement été une source majeure de pollution atmosphérique au plomb.

La pollution au plomb étant étroitement liée à la production de pièces d'argent, cette analyse offre un aperçu clair des périodes de prospérité économique et de crises.

Transportée par les vents et les intempéries vers le nord, cette pollution se dépose dans la neige des calottes glaciaires du Groenland, formant ainsi une chronologie précise de la pollution historique au plomb en Europe. Les glaciologues exploitent cette archive en analysant les carottes de glace : ils mesurent les concentrations de plomb dans les couches datées avec précision.

Des scientifiques britanniques, danois et norvégiens viennent de publier l'une des analyses les plus détaillées de la pollution historique au plomb au Groenland, couvrant deux millénaires, de 1100 av. J.-C. à 900 apr. J.-C. Leurs résultats éclairent d'un jour nouveau l'histoire économique antique.

Liée à la frappe de monnaies d'argent (comme le denier romain), la concentration de plomb reflète les cycles de prospérité et de crise autour de la Méditerranée. Ainsi, une hausse vers 900 av. J.-C. coïncide avec l'émergence des comptoirs phéniciens et l'exploitation minière en Méditerranée occidentale, notamment sur la péninsule ibérique. Elle s'intensifie avec l'essor de Carthage et de l'Empire romain.

Les données romaines sont particulièrement révélatrices. Au début de la République romaine (proclamée en 508 av. J.-C.), la concentration de plomb était quatre fois supérieure à celle du Ier siècle av. J.-C., marqué par les guerres civiles qui ont miné l'activité économique. Elle rebondit après l'an 0, sous Auguste et ses successeurs, durant la Pax Romana – une période de paix relative et de boom économique de deux siècles. Cette expansion s'achève avec la peste antonine (vers 165 apr. J.-C.), une épidémie de variole qui frappe l'Empire et réduit drastiquement la production d'argent. Les niveaux de plomb ne retrouvent leur apogée qu'à la fin du Moyen Âge, bien après la chute de l'Empire romain.

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