Le 30 juin 1960, la colonie belge du Congo accède à l'indépendance. Malgré une attention accrue du public, le passé colonial demeure largement occulté après 60 ans. Le mouvement Black Lives Matter relance le débat sur l'héritage du roi Léopold II. « La glorification de Léopold dans l'espace public représente une violence symbolique envers les victimes », estime l'historien bruxellois Benoît Henriet, maître de conférences en histoire coloniale à la VUB.
« Certains de mes élèves n'ont rien appris sur le Congo en six ans d'enseignement secondaire. » Benoît Henriet confirme des informations récentes publiées dans De Standaard en 2020. « Je connais mieux les programmes francophones. Les professeurs d'histoire y sont tenus d'enseigner l'histoire coloniale, mais pas nécessairement celle de la Belgique. Les conséquences sont lourdes. »
« Mes collègues s'accordent : des recherches sur le passé colonial belge sont en cours, abordant le travail forcé, l'environnement, la justice coloniale ou l'histoire des genres en Afrique. Lorsque les historiens accèdent aux médias, c'est pour des événements comme le rapport de l'ONU l'an dernier, exhortant la Belgique à s'excuser. On nous pose toujours les mêmes questions : un génocide dans l'État indépendant du Congo (1885-1908, propriété privée de Léopold II) ? Un complot britannique pour minimiser ses succès ? N'était-ce pas aussi grave ailleurs ? La recherche sur l'Afrique centrale va bien au-delà. »
« Il y a plus de débats. En France, la guerre d'indépendance algérienne (1954-1962) est enseignée sans tabou. Chez nous, le livre de David Van Reybrouck, la série Children of the Colony et des BD sur le Congo ont cartonné. L'intérêt public dépasse souvent l'éducation. »
« Le colonialisme est la pratique d'une forme de violence raciale. »Benoît Henriet
Tant en Belgique qu'ailleurs, un discours nostalgique ou révisionniste émerge. Articles pro-empire britannique en presse UK, messages similaires en France conservatrice. En Belgique, cercles conservateurs voient le colonialisme positivement, y compris des voix jeunes sans lien direct.

« Le génocide ne s'applique pas : le colonisateur voulait de la main-d'œuvre, pas l'exterminer. 'Crimes contre l'humanité' convient mieux. Le colonialisme implique une déshumanisation via violence raciale – ma définition pour les étudiants. »
« Le racisme est la pierre angulaire. Pour coloniser, il faut croire à une supériorité civilisationnelle. Exploitation et domination reposent sur cette vision raciste. »
« Inutile de dire 'tout le monde était raciste'. Des exceptions existaient toujours. Idéologies dominantes laissent place à l'opposition. Socialistes et communistes étaient anticoloniaux fin XIXe-début XXe, protestant contre l'exploitation capitaliste – mais remplaçant un mépris par un autre. En historien, je cherche la vérité sans relativisme. »
« Je recherche la vérité historique, sans relativisme. »Benoît Henriet
« Ce regard socio-économique (infrastructures, santé, éducation) est problématique. Les rails servaient l'exploitation, pas les Congolais. Les indépendants héritent d'un legs biaisé. Guerre froide, demande de matières premières ont compliqué le développement – sans bénéfice pour la population. Juger 'bon' ou 'mauvais' risque de justifier le racisme. »
« Pas expert pour décider, mais les garder intactes est intenable. Les actes actuels lancent un débat sociétal sur les traces coloniales. Solutions variées, via dialogue politiques-historiens-citoyens-militants. La présence acritique de Léopold est violence symbolique pour les descendants des colonies. Écouter le message : le racisme persiste. »
« Les statues de Léopold confrontent quotidiennement au manque critique belge. »Benoît Henriet
« Dépend des intérêts. Histoire culturelle/sociale (divorce, migration au Congo) sous-explorée. Besoin de plus de voix congolaises. »
« Aucun chercheur n'en a assez. Manque de 'pertinence immédiate' des sciences humaines. Jamais assez pour recherche et formation. »
[]