L'athlète sud-africain Oscar Pistorius, né sans péronés en raison d'une anomalie génétique, a relancé le débat sur l'usage de la technologie dans le sport de haut niveau. Ses jambes de carbone lui permettent de rivaliser avec les valides aux JO. Mais ces prothèses offrent-elles un avantage injuste ?

Oscar Pistorius, pionnier des prothèses en athlétisme
Deux études indépendantes ont révélé que ses jambes artificielles ne se contentent pas de compenser son handicap : elles lui procurent un avantage mécanique. Une recherche de l'Université de Cologne (2007) a montré qu'il consomme jusqu'à 25 % d'énergie en moins sur 400 mètres. Sur cette base, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) l'a exclu des JO de Pékin 2008. Pistorius a toutefois remporté trois médailles d'or aux Paralympiques.
Il a contesté cette décision devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, soutenu par une étude des universités Rice et du MIT. Celle-ci concluait à une consommation d'énergie équivalente à celle des valides. Le TAS l'a autorisé à concourir aux Championnats du monde 2012 et aux JO de Londres.
Cette seconde étude a toutefois été critiquée : elle comparait Pistorius à basse vitesse (marche), pas en sprint, sa discipline de prédilection. Les prothèses, optimisées pour la vitesse, pourraient ainsi conférer un net avantage. Le chercheur principal, Peter Weyand, a nuancé ses conclusions.
Le public soutient Pistorius aujourd'hui. Mais une médaille olympique changerait-elle la donne, au risque de créer un précédent ? Des athlètes valides pourraient-ils se tourner vers des amputations volontaires pour des prothèses "améliorées" ?
"Ce scénario n'est pas à exclure à long terme", estime le philosophe Pieter Bonte. "Les sportifs poussent les limites du corps humain. Un 'dopage prothétique' chez les valides exigerait des garde-fous stricts pour prévenir les risques, et ouvrirait la porte à d'autres enhancements cyborg, comme des yeux surhumains." Le sport doit donc définir clairement les frontières éthiques entre technologie acceptable et dopage.