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Les mathématiques derrière le Speedy Pass de Walibi : files d'attente doublées pour les visiteurs ordinaires

Si la moitié des visiteurs du parc d'attractions utilisent le pass prioritaire controversé, le temps d'attente pour le visiteur « normal » double, calcule Wouter Rogiest, ingénieur réseau et chercheur à l'UGent.

Le nouveau Speedy Pass de Walibi – qui offre la priorité sur les attractions pour un billet plus cher – suscite de vives controverses. Peut-on prédire scientifiquement l'impact sur les temps d'attente ? Selon la théorie des files d'attente, si la moitié des visiteurs disposent d'un pass, le temps d'attente des visiteurs réguliers double, estime Wouter Rogiest (UGent). « Les pass réduisent efficacement les attentes pour leurs détenteurs, mais au détriment important des clients sans pass », explique l'expert.

La polémique autour du Speedy Pass de Walibi n'est pas près de s'éteindre. Cette priorisation payante heurte le sens de la justice de nombreux visiteurs et brise le sentiment d'équité dans les parcs d'attractions, surtout quand les plus enthousiastes sont des enfants. Plus grave : la réduction des temps d'attente pour les prioritaire se fait au détriment des autres, dont les files s'allongent inexorablement.

Les billets de première classe ou salons VIP illustrent ce principe courant : payer plus pour un meilleur service. Mais la version la plus controversée priorise un petit groupe au détriment d'un plus grand : les payants passent avant.

Walibi n'innove pas : en 2011, Six Flags White Water (Atlanta) a testé le Flash Pass via bracelets RFID, un succès commercial étendu aux États-Unis en 2012. La Belgique suit le mouvement.

Attente calculée

La priorité de l'un allonge l'attente des autres. La théorie des files d'attente permet de quantifier cela. Basé sur le modèle prioritaire de J.W. Cohen (The Single Server Queue), trois formules prédisent les temps d'attente sous hypothèses simplificatrices : arrivées aléatoires individuelles, temps de service fixe, mix de clients avec/sans pass. Approximatif en pratique (les files longues découragent), ce modèle donne d'excellentes estimations.

Les mathématiques derrière le Speedy Pass de Walibi : files d attente doublées pour les visiteurs ordinaires

La première formule donne le temps d'attente moyen sans pass (W0). Les deux suivantes : avec pass (W1) et sans (W2). Variables :

α, 0 < α < 1 : fraction de visiteurs avec pass (ex. : 0,10 pour 1 sur 10).

r, 0 ≤ r < 1 : taux d'occupation (ex. : 0,95).

S, S > 0 : temps de service par client (ex. : 6 s pour 30 visiteurs/3 min).

Les mathématiques derrière le Speedy Pass de Walibi : files d attente doublées pour les visiteurs ordinaires

Ces formules génèrent la courbe ci-dessus : temps d'attente sans pass (W2) vs sans pass (W0), à r = 0,95. L'augmentation est rapide : +10 % si α = 0,10 ; +46 % si α = 0,33 ; +90 % si α = 0,50 (30 min → 1 h). Même loi pour attractions populaires (jusqu'à +99 % à r = 0,995) ou moins (+67 % à r = 0,80).

Avantage pass : attente quasi nulle

Les détenteurs de pass bénéficient de réductions massives (≥ 67 % si α < 0,50 et r > 0,80). Efficace, mais pénalisant pour les autres si α limité (ex. : 10 %).

Cependant, les parcs contrôlent α à l'entrée, pas par attraction. Les passes affluent vers les stars : α local > 50 % possible, rendant les files infernales pour les autres.

Libre à vous de ne pas payer plus... mais vous voilà informé.

Autres secteurs

Principe applicable ailleurs : en 2011, Géorgie (USA) vend Peach Pass (75 $/mois) pour voie prioritaire sur I-85, supprimant la voie covoiturage. Twitter raille déjà un « boîtier payant sur E40 ». Walibi ouvre le débat.

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