Quand on évoque le CERN, on pense immédiatement aux accélérateurs de particules et au boson de Higgs. Mais la cinéaste Anna de Manincor va plus loin. Avec son documentaire Presque rien, elle met en lumière les milliers de personnes qui y travaillent et explore une question fascinante : comment ces esprits brillants réalisent-ils des percées scientifiques collectives ?
Le CERN, à Genève, est une véritable ville-laboratoire. Près de 10 000 personnes y œuvrent jour et nuit, venues des quatre coins du monde. Beaucoup y résident sur place. C'est le sanctuaire des physiciens des particules, l'un des rares lieux où recherches théoriques et expérimentales se conjuguent, grâce notamment au Large Hadron Collider (LHC), le plus grand accélérateur de particules au monde.
Ces milliers d'employés disposent de tout sur site : installations sportives, banques, restaurants, bureaux de poste. Mais qui sont-ils ? Des physiciens penchés sur des piles de papiers et des tableaux noirs couverts d'équations, ou des ingénieurs assemblant les racks des accélérateurs ?
« Des milliers de personnes ont bâti une cathédrale au Moyen Âge. Aujourd'hui, des milliers travaillent depuis des décennies sur un accélérateur de particules », compare avec justesse Álvaro de Rújula, physicien théoricien. Il souligne l'ampleur du LHC et insiste : ce n'est pas l'œuvre d'un seul génie, mais d'une équipe immense.
En 2013, le Nobel de physique a récompensé Peter Higgs et le Belge François Englert pour le boson de Higgs. Pour Andrea Latina, physicienne expérimentale au CERN, le prix aurait dû en honorer bien plus. « Une découverte aussi vaste a mobilisé 10 000 personnes pendant 30 à 40 ans ». Son collègue Jean-Pierre Delahaye ajoute : « Ensemble, nous sommes plus intelligents et plus forts. Le CERN incarne l'intelligence collective. »
Anna de Manincor filme comme une mouche sur le mur dans une cafétéria du CERN. C'est là que naissent souvent les idées révolutionnaires. « Les plus grandes découvertes du CERN se font à la cafétéria », confie le physicien expérimental Markus Nordberg. Il évoque Tim Berners-Lee, qui y a pitché le World Wide Web il y a 30 ans : un réseau interne devenu autoroute mondiale.
« Jeunes chercheurs et Nobel partagent un langage universel : les mathématiques. Origine, nationalité ou religion n'ont aucune importance », explique De Manincor. Pas étonnant que Presque rien ait reçu le Prix interreligieux au festival Visions du Réel : le film montre une communauté où ces différences s'effacent.
De Manincor célèbre cette diversité par un montage poétique : gros plans méditatifs sur les visages des interviewés. Presque rien – titre évoquant l'espace interstellaire quasi vide – dresse le portrait humain derrière la science. Des passionnés de tous âges et nations, convaincus que le progrès naît de la collaboration transfrontalière.
Anna de Manincor, Presque rien. CERN : Ville Expérimentale. Disponible en VOD sur https://vimeo.com/ondemand/almostnothing.
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