La biologie synthétique gagne du terrain principalement grâce au concours étudiant iGEM. Ce compétition apporte-t-elle de véritables avancées à la discipline ou se contente-t-elle de vendre des promesses sans concrétisation ?
« Au cours du dernier siècle, nous avons appris à manipuler la matière, et nous continuons à le faire. Mais désormais, nous commençons aussi à comprendre comment manipuler la vie. » C'est par ces mots que Gerard Govers, nouveau vice-recteur du groupe Sciences et technologies à la KU Leuven, s'adresse à une salle comble d'étudiants. Les scientifiques ne sont plus seulement des ingénieurs des choses, mais deviennent des ingénieurs de la vie.
Dans une ville étudiante comme Louvain, les rues sont traditionnellement désertes le week-end. Mais le 7 octobre, une animation régnait au centre-ville. De nombreux étudiants s'y sont rassemblés pour un événement lié au concours iGEM, qui les a occupés tout l'été et les mènera aux États-Unis le mois suivant : l'International Genetically Engineered Machine competition.
Les scientifiques ne sont plus seulement des ingénieurs des choses, mais deviennent aussi des ingénieurs de la vie.
L'événement était organisé par l'équipe de Louvain, participante à iGEM. Ce samedi constituait un exercice préparatoire à la grande finale de novembre au Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Boston, où plus de 300 équipes internationales s'affronteront pour des médailles et prix.
Le concours iGEM est un pilier de la biologie synthétique, discipline émergente des sciences du vivant. Elle vise à repenser radicalement les systèmes biologiques ou à les concevoir de toutes pièces. Les équipes iGEM développent des organismes résolvant des problèmes sociétaux, dont les contributions alimentent le Registry of Standard Biological Parts au MIT, une base de données open source.

Les projets sont variés : des bactéries nettoyant les océans aux cellules optimisant la dosage médicamenteux dans le sang, comme celui de Louvain. Bien que les résultats définitifs soient attendus à Boston, l'équipe louvaniste a invité des squads d'Aix-la-Chapelle, Munich, Paris et Amsterdam pour des présentations préliminaires.
À première vue, c'est une belle histoire : des étudiants contribuant à la science de pointe, avec une réflexion éthique et sociale sur les risques. En tant qu'observateur, on partage cet enthousiasme et on reconnaît l'importance d'iGEM. Mais précisément parce qu'il domine le paysage, un regard critique s'impose.
Des failles apparaissent dans cette image idyllique. Certains critiques soulignent que peu d'applications concrètes ont émergé. Si la biologie synthétique résout des défis, le contrôle des modèles biologiques reste insuffisant : ils intègrent la base sans tests approfondis. De plus, reposant sur des étudiants, les projets manquent de vision à long terme, souvent abandonnés annuellement.
Il y a un manque de vision à long terme, car chaque année une nouvelle équipe avec ses propres ambitions prend le relais.
Bien sûr, iGEM regorge d'histoires positives, mais surgiraient-elles sans lui ? Cette standardisation centralisée ajoute-t-elle une réelle valeur ? La biologie synthétique promet beaucoup, mais peine à concrétiser. Richard Jones qualifiait en 2008 dans Nature les nanotechnologies d'économie de promesses, hype des années 1980 aspirant budgets sans résultats majeurs. La biologie synthétique suit un chemin similaire, risquant de priver d'autres voies biologiques de financements.
Cette économie prospère sur des utopies futures plutôt que sur des résultats, offrant un aperçu de possibles à court terme. Les percées – simulations de cellules purifiant les océans – restent loin d'applications réelles. Souvent, l'échec mène à la prochaine utopie.
Une économie de la promesse prospère non pas sur les résultats, mais sur la promesse d'une future utopie, ne montrant qu'un panorama de possibilités.
Elle anticipe les objections, les transformant en opportunités : sécurité synthétique pour les rejets océaniques, ou « deuxième vague » incluant l'environnement cellulaire. Les freins deviennent excuses pour plus de fonds.
iGEM illustre une économie de promesses bis : non seulement applicative, mais aussi critique. Le Registry est open source, sans brevets, prônant l'ouverture – vertu louable, mais pas innocente. Les contributions iGEM ne sont pas gratuites : frais d'inscription 2017 à 4 500 USD, plus 700 USD/membre pour Boston, hors hébergement et voyages.
La critique de l'économisation de la biologie peut elle-même devenir une économie rentable.
Les participants critiquent ces coûts, comme l'équipe de Waterloo (50 000 USD en 2015, dont <1/3 pour la recherche). Pour un projet éducatif open source, l'accès devrait être abordable, mais les frais ont quadruplé (1 000 USD en 2007 à 4 500 USD), malgré l'essor (5 à 300 équipes).
Malgré l'histoire de l'open source, le ticket d'entrée iGEM a quadruplé en une décennie.
iGEM évoque les éditeurs académiques : monopole dans la biologie synthétique, universités investissent pour prestige. Open source et coûts élevés coexistent, transformant l'ouverture en produit. La biologie synthétique enchante par ses promesses, mais vigilance s'impose face à cette tendance à promettre sans profit scientifique durable.
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