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La Double Hélice de James Watson : un succès controversé 50 ans après sa publication

Il y a cinquante ans, en mars 1968, James D. Watson, lauréat du prix Nobel, déchaîne les passions avec son livre La Double Hélice. Best-seller commercial, il suscite l'opposition de ses pairs scientifiques.

Le 8 avril 1953, Watson et Francis Crick présentent leurs découvertes sur la structure de l'ADN lors d'une conférence Solvay en Belgique. Pourtant, aucun écho dans la presse locale ni internationale. Leur article paraît dans Nature fin avril 1953, sans créer de remous. Jean-Jacques Cassiman, expert international en génétique et ancien professeur à l'UZ Leuven, explique : « À l'époque, Nature n'était pas aussi médiatisé qu'aujourd'hui. Les avancées restaient confidentielles jusqu'au Nobel en 1962. La science progressait plus lentement, avec beaucoup de discussions en labo, surtout en Angleterre. Aujourd'hui, le rythme est effréné. »

« La découverte de la structure de l'ADN résulte en partie de coïncidences heureuses », ajoute Cassiman. « Watson et Crick unissent leurs expertises. Ils s'inspirent de Linus Pauling, double lauréat Nobel (Chimie 1954, Paix 1962), pionnier de la biologie moléculaire. Ils intègrent aussi les données de diffraction rayons X de Rosalind Franklin. Ils assemblent intelligemment ces éléments et publient en premier. Franklin, décédée en 1958, n'était pas éligible au Nobel. Leur travail reste génial et fondateur de la recherche ADN des 60 dernières années. »

Gros ego

La Double Hélice pose des questions éthiques durables : jusqu'où un scientifique peut-il divulguer pour toucher le grand public sans trahir la rigueur académique ?

En 1968, à 25 ans, Cassiman achète le livre à Stanford. « Scientifiquement modeste, il se lit comme un thriller. Watson écrit de façon didactique, accessible. Captivant ! Mais on se demande : tout est-il vrai ? Son ego domine, minimisant Crick, le vrai génie – paresseux ou pas. »

Le livre marque une étape : publié par un éditeur commercial, il lance la vulgarisation scientifique moderne. Best-seller traduit mondialement, adapté en téléfilm BBC (1987) avec Jeff Goldblum, opposant Watson/Crick à Wilkins/Franklin.

Provocations

Watson n'hésite pas à choquer. En 2000, il déclare au San Francisco Chronicle sur l'embauche des obèses, ou lie mélanine et libido lors d'une conférence. Il plaide pour guérir « la stupidité » via génie génétique : « Rendre toutes les filles jolies serait génial ! » Pire, pessimisme sur l'Afrique basé sur des différences d'intelligence supposées.

En 2007, à 79 ans, il est écarté du Cold Spring Harbor Laboratory (CSHL) qu'il a propulsé leader en génétique et cancer. En 2014, il vend sa médaille Nobel. « Stupides, ces déclarations », juge Cassiman. « Watson rectifiait ensuite. Personne ne comprenait un tel génie dire ça. Je l'ai rencontré à Louvain fin 80s : direct, culotté, mais pas arrogant. »

Héritage durable

Malgré les controverses, Watson défend le Projet Génome Humain (lancé 1990) et publie son génome en 2007 pour la médecine personnalisée. Cassiman : « La Double Hélice reste théoriquement essentiel. Son Biologie moléculaire de la cellule (1983) inspire toujours. »

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Harvard University Press refuse le manuscrit sur pression des Nobel Crick et Wilkins.
« Watson écrit à merveille. Didactique, accessible. Captivant ! » Jean-Jacques Cassiman
« On pense que Watson avait raison, mais le génie était Crick. » Jean-Jacques Cassiman

James D. Watson, pionnier de l'ADN, cumule Nobel, médailles et doctorats honoris causa. Son Double Helix (1968), récit personnel de 1953, divise : Harvard le rejette, mais il révolutionne la science populaire.

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