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Les archéologues flamands insatisfaits de la couverture médiatique : enquête Eos révèle les tensions

Les archéologues flamands expriment leur mécontentement face aux reportages publiés dans la presse locale.

Les archéologues flamands insatisfaits de la couverture médiatique : enquête Eos révèle les tensions

En 2012, 589 articles sur l'archéologie locale ont été publiés dans les journaux flamands, soit environ un article et demi par jour. Pourtant, les contacts entre journalistes et autorités archéologiques restent rares. Près de la moitié des archéologues jugent les reporters partiaux, et 18 % sont mécontents des articles. Ces résultats proviennent d'une enquête publiée dans le dernier numéro d'Eos.

Exemples de gros titres révélateurs : « Des découvertes archéologiques retardent la construction de la caserne de Duffel » (Gazet van Antwerpen, 21/1/2012), « Coûte 650 000 euros et 6 mois de misère pour un tas d'éclats » (De Morgen, 9/7/2012), ou « La recherche archéologique retarde les travaux à Guigoven » (Belang van Limburg, 15/12/2012). Ces manchettes dépeignent l'archéologie comme des fouilles coûteuses et chronophages.

L'archéologie offre bien plus que cela. Tout constructeur doit anticiper une possible intervention archéologique (voir : « Des archéologues dans chaque fosse de construction ? »). « 95 % du patrimoine flamand souterrain reste inconnu », souligne Inge Baetens, archéologue au Waasland Archaeological Service (ADW). « Les découvertes peuvent surgir partout, mais les constructeurs l'ignorent trop souvent. »

Les grands chantiers attirent archéologues et journalistes locaux. Si les fouilles perturbent le planning ou augmentent les coûts, promoteurs et entrepreneurs expriment leur frustration dans la presse. Pour un tableau équilibré, les archéologues devraient être systématiquement consultés.

Fochplein
Cela se produit-il vraiment ? Eos a interrogé 34 autorités archéologiques flamandes. La moitié n'ont que peu ou pas de contacts avec les journalistes. Tous les journaux ne se valent pas : « J'ai plus de contacts avec les médias régionaux comme Het Laatste Nieuws ou Gazet van Antwerpen », note Maarten Smeets, archéologue à Tirlemont. Les grands titres comme De Morgen ou De Standaard interviennent surtout en cas de polémique, comme à Louvain (ex-Pieter De Somerplein, rebaptisé en 2010). Le bourgmestre Louis Tobback y avait critiqué durée et coûts des fouilles, marquant 23,5 % des archéologues.

Communication
« La communication est une mission clé pour notre Service Intercommunal d'Archéologie (SIA) », affirme Inge Baetens. « Mais nous évitons parfois la presse pour protéger les sites des pilleurs ou respecter les maîtres d'ouvrage. » L'ADW, pourtant très citée en 2012, investit dans des événements publics, une page Facebook et les Journées portes ouvertes des fouilles.

Un SIA comme ARCHEO 7 (Westhoek) centralise les contacts. « Ils m'alertent sur les projets intéressants », confirme Piet Lesage, journaliste pour Het Nieuwsblad et auteur des plus nombreux articles archéologiques en 2012.

La moitié des autorités envoient des communiqués de presse. Pas les bureaux commerciaux comme celui de Smeets : « Nous exécutons, les questions politiques reviennent aux instances publiques. » Les journalistes confirment ne pas être contactés par les privés.

Des archéologues dans chaque fosse de construction ?

En Flandre, toute intervention majeure dans le sol nécessite une prospection par tranchées. Si rien n'apparaît, feu vert ; sinon, fouilles ciblées. Temps et coûts sont fixés par permis.

Le nouveau décret sur le patrimoine immobilier précise les seuils : obligatoire pour sites protégés, zones >100 m² ou interventions >1 000 m². Les coûts incombent au maître d'ouvrage (sauf prime pour excès et fonds de solidarité).

Ce décret intègre l'archéologie dès la demande d'urbanisme pour éviter les surprises.

Non-sens dans le journal
Smeets répond aux journalistes pour contrer les inexactitudes. 40 % des autorités ont critiqué un article (généralisations, citations déformées). Près de 50 % soupçonnent un biais journalistique lié à l'angle (fouilles vs retards).

Les titres sensationnels démotivent : ils relèvent souvent des éditeurs, pas des reporters, pour attirer les lecteurs.

Certains demandent une relecture préalable. Les journalistes préfèrent corriger par appel.

Trop peu de connaissances
65 % des archéologues jugent les connaissances journalistiques insuffisantes. Mais les experts doivent vulgariser. Les médias régionaux apprécient les communiqués et sites web.

Les correspondants changent souvent, compliquant les relations durables.

Un enchevêtrement d'instances

Le marché archéologique flamand mélange public (Agence du Patrimoine, SIA, etc.) et privé (23 bureaux). Rôles distincts, mais confusion persistante chez les journalistes.

Conflit interne
Tensions entre public (préservation) et privé (exécution). L'Agence doit mieux communiquer pour éviter que les frustrations des constructeurs ne visent les archéologues de terrain.

Une collaboration accrue profiterait à tous, conclut Baetens. (Extrait de Eos n°10, 2013)

Aperçu : les chiffres

Enquête en ligne auprès de 38 organismes (34 réponses : 89,5 % ; 21 publics, 13 privés). Questions sur contacts, qualité des articles et connaissances des journalistes.

Les archéologues flamands insatisfaits de la couverture médiatique : enquête Eos révèle les tensions

Contacts principaux avec la presse populaire (Het Laatste Nieuws, etc.). Moitié des autorités envoient des CP.

Les archéologues flamands insatisfaits de la couverture médiatique : enquête Eos révèle les tensions

Près de 50 % insatisfaits d'articles : ignorance ou biais perçus.

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